Déclaration de principes

Déclaration de principes

adoptée par le 1er congrès national de Gauche Unitaire les 4, 5 et 6 février 2011

Nous sommes dans une ère de grands bouleversements, de crises aiguës sociales, politiques et écologiques, d’affrontements majeurs, de réorganisations globales du système économique et des relations internationales, de reclassements politiques fondamentaux. Le capitalisme, aujourd’hui en crise menace la planète. Cette crise confronte l’humanité à d’authentiques enjeux de civilisation. Une nouvelle fois, l’alternative « socialisme ou barbarie » est d’actualité.

L’heure est à la refondation d’une perspective d’émancipation pour le monde du travail et l’humanité toute entière, à l’élaboration d’une alternative de civilisation,  d’un projet de rupture tirant lucidement le bilan des expériences passées et s’appuyant sur les potentialités prometteuses qui surgissent.

Gauche Unitaire inscrit son action dans l’histoire du combat multiséculaire des dominés et du mouvement ouvrier, de la lutte pour l’émancipation de tous et toutes, pour l’universalité des droits de l’ « Homme et du citoyen » et leur application effective, pour la construction d’un monde meilleur. Elle intègre dans son programme les acquis des expériences sociales progressistes de l’humanité dans sa lutte contre le capitalisme et l’impérialisme, ainsi que ceux des expériences des combats antiracistes, antifascistes, anticolonialistes, internationalistes, altermondialistes, écologistes, féministes, lgbt, laïques et contre toutes les oppressions et dominations.

Nous puisons dans le meilleur de la pensée humaine, du matérialisme philosophique, des Lumières, de l’idéal socialiste et de la République sociale de Jaurès.

Nous nous revendiquons de la Révolution française et des combats révolutionnaires du mouvement ouvrier depuis les journées de 1848 et la Commune de Paris.

Nous nous référons à Marx, qui avait choisi le nom de communisme pour désigner le mouvement même d’abolition de l’ordre existant, le combat révolutionnaire des opprimés. Notre vision du communisme est antibureaucratique comme celle portée notamment par l’Opposition de gauche dans son combat contre le stalinisme.

Le socialisme est pour nous le mouvement de la classe ouvrière luttant contre l’exploitation et pour la République sociale et démocratique, et non l’illusion d’un aménagement de la société capitaliste ou une prétendue étape du changement social se finissant en impasse.

Le capitalisme impose à l’humanité les ravages sur la biosphère. Nous nous donnons l’ambition de relever ce défi écologique ; ce qui impose une planification écologique et démocratique à tous les niveaux, à inscrire dans une perspective socialiste.

Ces combats nous les assumons et voulons les réhabiliter, afin de réinventer un projet pour le présent et l’avenir.

Pour le socialisme et la révolution

Gauche Unitaire se revendique d’un socialisme démocratique qui met à l’ordre du jour l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange et qui fasse en sorte que la force de travail cesse d’être une marchandise. Une société qui substitue à la loi du profit et à la confiscation des richesses produites par le travail humain la coopération entre les individus et les peuples. Qui développe la dynamique de la démocratie, étende considérablement les droits et libertés, mette en place des contre-pouvoirs à tous les niveaux, permette au plus grand nombre d’exercer sa souveraineté et d’user de son suffrage dans tous les domaines, de l’entreprise à la Cité. Qui refuse aussi les dérives d’un Etat autoritaire, pour organiser le transfert massif des pouvoirs vers un système d’autogestion sociale. Une société qui libère les aspirations à l’autonomie des individus, garantit le droit à la libre circulation, assure l’égalité entre tous les êtres humains indépendamment de leur sexe, leur genre, leur orientation sexuelle, leur origine, leur nationalité, leur mode vie, leurs convictions philosophiques ou religieuses. Une société laïque qui garantit la séparation entre les Eglises et l’Etat, entre les sphères privée et publique. Une société qui récuse le productivisme dont l’humanité a pu mesurer les dégâts. Qui encourage l’éducation populaire, la libre circulation du savoir et de l’expérience, conditions d’un développement équilibré des forces productives. Qui garantit aux peuples le droit à disposer d’eux-mêmes.

Nous considérons que la lutte contre le capitalisme doit se conjuguer avec la lutte contre le patriarcat qui lui est antérieur. L’oppression des femmes est transversale aux classes sociales et s’exerce dans la vie privée comme dans la vie publique. Notre projet de société s’inscrit sur le principe « pas de socialisme sans libération des femmes, pas de libération des femmes sans socialisme ».

Nous sommes convaincus que le capitalisme ne peut être dépassé graduellement, qu’une rupture, révolutionnaire et démocratique, s’impose avec l’ordre dominant. Toute réforme de structure ou de simple limitation des empiètements du capital ne peut s’opérer sans affrontements majeurs.  C’est pourquoi nous avons pour horizon  la rupture avec les fondements du système. Si la transformation sociale est un processus, qui oblige à être attentif à tout ce qui prépare la révolution avant la révolution, à tout ce qui est déjà en germe de la société future dans la société présente, l’idée de révolution repose sur l’identification d’un ennemi systémique : le capitalisme. Elle ne signifie pas que le renversement du système peut se faire par décret, du jour au lendemain, mais que la substitution d’une logique à une autre se heurtera nécessairement aux intérêts de la bourgeoisie garantis par le système en place. Qu’il s’agira alors d’accepter le défi de la conquête du pouvoir politique, sans se laisser enfermer dans l’Etat tel qu’il est : pas seulement changer l’Etat, mais changer d’Etat.

Au début du vingtième siècle, la Révolution russe, les Révolutions allemande et espagnole, les idées de Lénine ou de Trotsky, celles de Rosa Luxemburg ou de Gramsci, en dépit de conceptions parfois critiquables, ont soulevé un immense espoir. Après la Deuxième guerre mondiale, la montée des révolutions et des mouvements de libération anticoloniaux, la Révolution cubaine, la tentative du Che pour réhabiliter l’internationalisme et les luttes antibureaucratiques en Europe de l’Est ont marqué une nouvelle période de la lutte des classes à l’échelle internationale.  Mais le siècle a été dominé par l’échec des révolutions en Europe, en Asie, en Amérique latine et les impasses dans lesquelles les ont menées la social-démocratie ou le stalinisme. Gauche Unitaire s’appuie sur une vision stratégique qui fait appel à l’action consciente de la majorité des salariés et de la population pour porter un projet de société dont la démocratie politique et sociale « jusqu’au bout » est un point cardinal.

L’expérience historique en fait foi : dans nos sociétés complexes disposant d’une vie démocratique, aussi corsetée soit-elle par les institutions de la classe dominante, la rupture avec le capitalisme ne s’opérera pas par la simple généralisation des luttes conduisant à un bref et unique affrontement avec l’État. Si elle veut réellement être l’expression consciente et démocratique des classes populaires, elle s’appuiera inévitablement sur un processus conjoint de mobilisations sociales prolongées et de consultations populaires. Ce qui permettra, à chaque étape, de renforcer, de légitimer et d’exprimer pleinement par le suffrage universel les aspirations majoritaires du peuple, tout en garantissant à ce dernier le contrôle constant du processus de transformation de la société.

A terme, une expérience de rupture avec la logique capitaliste ne saurait se pérenniser à l’échelle d’un pays, voire d’un continent. Le processus révolutionnaire implique donc son extension au-delà des frontières nationales, la capacité à surmonter les rythmes différents de développement des confrontations sociales suivant les pays, la volonté de tisser des alliances avec les peuples, pour dessiner la perspective d’un projet de civilisation à l’échelle mondiale, une mondialisation au service des peuples alternative à celle soumise à la course au profit.

Pour un nouveau parti

Pour réaliser ces objectifs, Gauche Unitaire agit dans la perspective d’une force politique pluraliste pour la transformation sociale. Une force anticapitaliste, internationaliste, féministe, écologiste opposée à toutes les formes de discrimination, un nouveau parti pour le monde du travail et la jeunesse, pour un socialisme démocratique.

Gauche Unitaire est prête à faire avec d’autres courants, l’expérience loyale d’une même formation politique, dès lors qu’existerait une vision commune des enjeux de la période et des tâches qui en découlent.

Ce nouveau parti ne saurait procéder de la volonté ou des décisions d’une seule organisation. Il émergera nécessairement à la faveur d’une redistribution générale des cartes à gauche, de la convergence de courants politiques héritiers de différentes traditions et cultures du mouvement ouvrier organisé, celles du socialisme historique, de la visée communiste, de la tradition révolutionnaire et de l’écologie politique, de secteurs porteurs de l’expérience du mouvement social, des mouvements de la jeunesse, de forces actives sur les nouveaux terrains de mobilisation. Il résultera de combats politiques communs, de débats de fond, de la vérification concrète des accords existants.

Ce nouveau parti indispensable devra s’identifier par sa contestation du capitalisme. Il aura à tirer les leçons de la double faillite des régimes bureaucratiques et de la social-démocratie.  Il se trouvera fondé sur l’indépendance de classe, illustrera sa vision du changement social par un enracinement sans cesse renouvelé dans les mobilisations populaires. Il tissera des liens avec d’autres forces politiques dans le monde faisant ainsi vivre concrètement son engagement internationaliste. Il portera le projet d’une autre Europe, d’une Europe des peuples sociale et démocratique. Conscient de l’impossibilité de résoudre les problèmes au niveau national ou même européen, il contribuera à la construction de cadres susceptibles de favoriser l’émergence d’une internationale.

L’indispensable travail de mise en réseau des révoltes et des engagements militants n’est pas suffisant. Nous voulons construire un parti c’est à dire une organisation travaillant à une cohérence d’ensemble, formulant une vision du monde alternative, agissant sur le terrain politique et institutionnel, portant une perspective de pouvoir dans le but de la confrontation avec le pouvoir d’Etat.

Notre conception du parti n’est pas celle qui a dominé au siècle passé. Le parti à construire doit être d’un type nouveau, profondément démocratique, dans son fonctionnement interne, dans ses relations avec les mouvements sociaux, dans ses rapports à la société. Il doit rendre compatible l’engagement militant avec le respect de l’individu, et le pluralisme partisan qui interdit de supposer l’existence d’une vérité politique unique. Il fonctionnera donc de manière transparente et démocratique, garantissant le pluralisme des opinions et courants en son sein.

Il s’agit de viser une dialectique inédite entre le mouvement populaire, les multiples organisations qu’il génère et un parti ayant pour ambition d’être un catalyseur des capacités d’auto-émancipation de ce même mouvement et des individus qui le composent.

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