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	<title>Gauche Unitaire &#187; Cultures</title>
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	<description>Construire une véritable alternative de gauche</description>
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		<title>C&#8217;est parti, un film de Camille de Casabianca</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Apr 2010 16:16:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cultures]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous publions deux regards sur ce film, l’un d’un militant de l’ex-LCR, l’autre d’un militant ayant rejoint le processus de constitution du NPA. C’est parti Un film de Camille de Casabianca, tourné au cours des quelques mois qui ont conduit de la LCR au NPA. Un film qui n’est plus projeté qu’à titre confidentiel dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Nous publions deux regards sur ce film, l’un d’un militant de l’ex-LCR, l’autre d’un militant ayant rejoint le processus de constitution du NPA.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2010/04/CParti.jpg"><img class="size-full wp-image-1906 alignleft" style="margin: 10px;" title="CParti" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2010/04/CParti.jpg" alt="" width="204" height="273" /></a><strong>C’est parti<br /> </strong></p>
<p>Un film de Camille de  Casabianca,  tourné au cours des quelques mois qui ont conduit de la LCR au NPA.</p>
<p style="text-align: justify;">Un film qui n’est plus projeté  qu’à titre confidentiel dans quelques rares salles. Mais, comme  plusieurs  livres publiés sur le même sujet, il <em>témoigne</em>, avec talent,  d’une expérience dont nombre d’entre nous avons été partie prenante.<br /> A ce titre il mérite intérêt et discussion.</p>
<p style="text-align: justify;">Camille de Casabianca a filmé  à un moment clé du processus qui devait conduire au NPA,  lorsque la dissolution de la LCR était engagée et en œuvre la  constitution  du nouveau parti. Ce n’est pas encore le NPA, mais déjà plus la  LCR !</p>
<p style="text-align: justify;">On assiste à la réorganisation  des locaux nationaux du parti à Montreuil, et on revoit la réunion  nationale des comités pour le nouveau parti à Saint-Denis, une réunion  des jeunes, un meeting à la Mutualité, la dernière Université d’été  de la LCR de 2008 et la Fête de l’Humanité à l’automne suivant…</p>
<p style="text-align: justify;">Sans recourir à la   fiction, puisque tout est prise du réel, mais se libérant des  contraintes  du pur documentaire, le choix est bien celui d’un film, avec ses partis  pris artistiques.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord celui de limiter  le champ de vision à ce moment tournant des quelques mois au cours  desquels, au nom d’un avenir fixé de manière volontariste, on se  débarrasse du passé. Une séquence forte, avec laquelle la réalisatrice  débute son film, et sur laquelle elle s’attarde et revient, tel un  leitmotiv, voire la clé du film : le vidage des archives et vieux  meubles  encombrant les bureaux de Montreuil, tout ce bric-à-brac accumulé  au fil des ans qu’il faut précipiter dans une benne depuis le deuxième  étage. On jette ! Pour créer un <em>open space</em>, et faire place nette  au nouveau à venir.</p>
<p style="text-align: justify;">Et, hors de ce champ de vision,   tout le reste : l’imprimerie du rez-de-chaussée n’est pas visitée,  ni consultés les bulletins intérieurs, et pas rencontrées les sections  de la LCR…Les débats qui ont conduit à cette décision, avec leurs  affrontements, leurs textes contradictoires, sont oubliés. Hormis les  interventions de tribune de Besancenot et Bensaïd, pas de discours,  ni interviews, et absence de réelles discussions collectives, de  rencontres  de cafés ou de repas partagés… Seulement des réunions de travail  plus ou moins informelles, des apartés, des sous entendus. Bref une  sorte de climat intimiste…<span id="more-1901"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Une intimité qui est  celle des relations et connivences entre quelques personnages. La  focalisation  sur eux étant le second parti pris du film. Presque tous de la LCR,  et d’une partie de sa direction :  Olivier Besancenot, bien sûr,  dans un rôle principal qu’il s’échine en permanence à récuser,  son copain Basile, et l’omniprésent François Sabado, le mentor,  faussement truculent et politique toujours aux aguets. Et puis Alain  Krivine et Daniel Bensaïd, porteurs de l’autorité d’un passé,  prestigieux, et légitimant le choix de s’en défaire. Et ceux dont  on comprend qu’ils et elles (beaucoup <em>ils</em>) sont la direction  effective de l’opération : Pierre-François Grond (le « vrai nouveau  dirigeant » confie Krivine à une journaliste, avec prise de vue dudit  dirigeant méditant sur fond maritime), Guillaume Liégard, Frédéric  Borras, Christine Poupin, Anne Leclerc… Et Abdel, le petit gars des  quartiers populaires d’Avignon, avec son assurance et sa faconde,  intronisé vedette à part entière car symbole de l’image qu’on  veut être celle du NPA, avec qui on partage l’humour goguenard et  la passion ostensible du foot… Et qui, lui, la ramène avec ses problèmes   de religion…</p>
<p style="text-align: justify;">Un film qui est loin de manquer   de qualités, avec ses lignes de fuite – celle en particulier de la  rupture avec le passé -, et ses éclats de vie : les angoisses cachées,  qui miroitent dans certains regards, et les incroyables espoirs que  portent nombre de militants entrevus.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais film étrange, à  l’image sans doute de son objet, en ce qu’il apparaît censurer  les émotions qu’il porte. La nostalgie pour ce qu’on quitte paraît  en permanence repoussée, durement par les uns, avec chez d’autres  une pudeur un peu honteuse. Pourtant elle éclate dans quelques moments  clés dans d’embarrassés  refus de jeter. C’est Pierre Rousset  qui, grognon,  rechigne à bazarder de vieux journaux. Sabado qui  fond devant un vieux cahier, notes  conservées d’un ancien BP,  avant hésitant  le mettre de côté… Et Dominique Mezzi expliquant  à Yvan Lemaître que non, vraiment, vider le bureau de ses dossiers  ne peut se faire en une heure, parce que, lui, ne jette pas comme ça !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, peut-être plus gravement,   une absence d’enthousiasme pour le projet au nom duquel tout cela  se fait.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, quel projet ? Ce  nouveau parti qui souvent paraît présenté  comme une sorte de kit :  un parti, nouveau, anticapitaliste, certes, mais que vous allez faire  vous-mêmes ! Parce que vous le voulez et parce que vous en êtes  capables,  car jeunes vous êtes et qu’on fait confiance à la jeunesse.<br /> En filigrane, tel un soupçon, s’insinue la question : arnaque ou piège ?</p>
<p style="text-align: right;">Francis Sitel</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C&#8217;est parti</strong></p>
<p style="text-align: justify;">CAMILLE DE CASABIANCA réalisatrice du film, a ce talent d&#8217;artiste de  donner en quelques images un éclairage sur une situation à priori  complexe: la création d&#8217;un Nouveau Parti Anticapitaliste. Dès les  premières minutes du film tout est dit. La triplette Olivier Besancenot,   Pierre François Grond et Guillaume Liégard jette par la fenêtre (et  par pertes et profits?) 40 ans d&#8217;archives de la LCR. François Sabado,  &laquo;&nbsp;en cachette&nbsp;&raquo;, tente de sauver quelques pépites de cette  histoire révolutionnaire de la 2°partie du XX° siècle. Certes on  ne peut résumer la transformation de la LCR en NPA en un simple conflit  (oedipien?) de générations, mais CAMILLE DE CASABIANCA dévoile bien,  en filmant les débats, qu&#8217;Alain Krivine et François Sabado tentent  de mettre en garde leurs jeunes pousses contre certaines erreurs, en  vain !</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;<em>C&#8217;est  parti</em>&laquo;&nbsp;, montre l&#8217;université d&#8217;été où l&#8217;ambition affichée  &laquo;&nbsp;<em>de faire de la politique autrement</em>&nbsp;&raquo; génère un foisonnement  de pratiques et un bouillonnement intellectuel. Le film dénonce  également  le pire avec un affrontement stérile entre Henri Weber (PS) et François  Sabado, sous le regard effaré de deux dirigeants du PCF.</p>
<p style="text-align: justify;">Si au moment  où il a été tourné, &laquo;&nbsp;c&#8217;était plutôt bien parti&nbsp;&raquo;,  je crains que &laquo;&nbsp;<em>C&#8217;est parti</em>&nbsp;&raquo; devrait à présent plutôt  s&#8217;appeler &laquo;&nbsp;C&#8217;est mal parti&nbsp;&raquo;". Pour moi, qui a été un  participant &laquo;&nbsp;non LCR&nbsp;&raquo; actif du processus constituant, ce film  me rappelle un an après seulement, douloureusement, la dégringolade.  Quelle déception de voir le NPA dans sa situation actuelle, après  avoir suscité un formidable espoir et pas mal d&#8217;enthousiasme ! La raison   de l&#8217;échec est, selon moi, l&#8217;injonction paradoxale entre les dires  &#8211; &laquo;&nbsp;<em>réunir le meilleur des traditions libertaires, communistes  et trotskistes</em>&nbsp;&raquo; &#8211; et les pratiques &laquo;&nbsp;<em>du parti qui se  renforce en s&#8217;épurant</em>&laquo;&nbsp;. Une occasion gâchée !</p>
<p style="text-align: right;">Jean Claude,  GU Marseille</p>
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		<title>Invictus de Clint Eastwood</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Jan 2010 00:18:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cultures]]></category>

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		<description><![CDATA[Droit au but ! La libération de Nelson Mandela, leader du Congrès National Africain (ANC), après vingt sept ans de prison, et son élection en 1995 à la tête de l&#8217;Etat Sud Africain, marquent de manière irréversible la fin du régime raciste, le terrible Apartheid. La même année, l&#8217;historique victoire des Springboks, équipe de rugby adorée [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2010/01/19187639.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1564" style="margin: 5px;" title="19187639" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2010/01/19187639.jpg" alt="19187639" width="144" height="214" /></a><strong>Droit au but !</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La libération de Nelson Mandela, leader du Congrès National Africain (ANC), après vingt sept ans de prison, et son élection en 1995 à la tête de l&#8217;Etat Sud Africain, marquent de manière irréversible la fin du régime raciste, le terrible Apartheid. La même année, l&#8217;historique victoire des Springboks, équipe de rugby adorée des Blancs et haïe des Noirs, lors de la coupe du monde de rugby, fut un des symboles de <em>La Naissance</em> de cette <em>nation</em>. C&#8217;est ce qu&#8217;a parfaitement compris Clint Eastwood. Ni hagiographie, ni biographie, Eastwood se concentre sur son sujet : montrer comment Mandela arrivé à la Présidence, profitera de l&#8217;occasion que lui offre ce match pour lancer sa politique de réconciliation. Eastwood est ici porté par sa foi en une action et des personnages qui d&#8217;ailleurs le méritent : ténacité et courage pour Mandela et Pienaar, capitaine des Boks, incarnés par les excellents Morgan Freeman et Matt Damon. Et le film, dès l&#8217;ouverture, annonce la couleur : les Noirs jouent au football sur un terrain de fortune quand de l&#8217;autre côté de la route, les Blancs jouent au rugby sur un terrain  entretenu et parfaitement protégé. Ce qui s&#8217;oppose ici, marche par deux : Noirs &#8211; Blancs, Mandela &#8211; Pienaar ; ballon rond &#8211; ballon ovale, football &#8211; rugby ; garde rapprochée noire de Mandela et blancs nervis des anciens services spéciaux. Au début, chacun joue séparé. Au final, tous marcheront ensemble. Ce qui compte en sport comme en politique, c&#8217;est de faire équipe. Le tout est d&#8217;y croire. Comme ses personnages, le film avance, sincère, vrai, émouvant et malgré les raccourcis  inévitables dans une fiction de deux heures, plutôt bien documenté.  Eastwood a visé l&#8217;essentiel en un tir juste. Droit au but !</p>
<p style="text-align: justify;">Laura Laufer</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Entretien avec Anne Dissez, journaliste spécialiste  de l&#8217;Afrique du Sud.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le film est très situé dans le temps</em>&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, il se déroule au lendemain de la première élection démocratique qui a porté l&#8217;ANC au pouvoir et plus particulièrement Nelson Mandela. Je me souviens quand je suis arrivée là bas,  il y avait une grande terreur des Blancs qui disaient à propos des Noirs « <em>ils vont déferler sur les villes quand ils vont comprendre qu&#8217;ils ont gagné les élections </em>». A partir de 1994 tout le monde avait le droit de vote pour tous au Parlement ; ça a été le grand changement, et c&#8217;est devenu un pays démocratique. Eastwood a bien compris l&#8217;atmosphère de 1994 où ces Blancs avaient une trouille bleue. C&#8217;est vrai qu&#8217;ils avaient raison d&#8217;avoir peur, s&#8217;ils pensaient à d&#8217;autre contexte de décolonisation tels le départ des colons d&#8217;Algérie en 1962. Mais en réalité, le contexte international était différent et c&#8217;était mal connaître le peuple noir : de même c&#8217;était méconnaître toutes les négociations qui avaient eu lieu avant entre l&#8217;ANC et les différents pays comme les Etats Unis, la Grande Bretagne, l&#8217;Europe du Nord plutôt. Le film a vraiment pour sujet la réconciliation, mais il ne fait pas de ce match de rugby le centre de cette affaire. Il ne hiérarchise pas. Comme je le disais les Blancs avaient peur mais les pays occidentaux avaient demandé des garanties qu&#8217;il n&#8217;y ait pas d&#8217;équivalent du procès de Nuremberg ou de règlements de compte. C&#8217;était une période très sensible où on était sur une ligne de crête. Mais même en Afrique du Sud aujourd&#8217;hui, on magnifie les luttes des townships et on passe sous silence le rôle de la pression internationale sur le régime.<span id="more-1562"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Que pensez vous du portrait de Mandela dans le film ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le portait qu&#8217;Eastwood fait de Mandela que j&#8217;ai rencontré professionnellement durant les douze années où j&#8217;étais là bas est très juste.  C&#8217;est à la fois cet homme qui est le grand père de la nation, dont l&#8217;humanité est visible et, en même temps, c&#8217;est un homme de parti et d&#8217;ailleurs dans le film, il y a une réplique qui va dans ce sens dont j&#8217;ai oublié les mots exacts mais qui rappelle que Mandela est un homme de Parti respectant les décisions de l&#8217;ANC. On l&#8217;a vu dans le choix du vice &#8211; Président :Tambo  Mbeki n&#8217;était pas son choix et comme il ne voulait pas faire plus d&#8217;une mandature, il était sûr que le vice &#8211; Président de sa mandature serait Président après lui. Après cinq ans de mandat, il aurait préféré Cyril Ramaphosa ancien leader syndicaliste des mineurs devenu un homme d&#8217;affaires. Là, le film montre très bien la bataille que Mandela a du mener y compris vis à vis des gens de l&#8217;ANC. On le voit à travers des batailles secondaires comme celle de l&#8217;imposition dans le service d&#8217;ordre des anciens services spéciaux et là c&#8217;est très bien décrit, même si c&#8217;est décrit un peu <em>soft </em>car en vérité ça a été beaucoup plus dur.  Enfin avec 2 heures de film, il faut faire avec ! C&#8217;est très bien exposé, même si là aussi il y a des raccourcis significatifs avec l&#8217;accueil des Springboks dans les townships où tous les gamins se précipitent sur le seul Noir que Mandela avait d&#8217;ailleurs imposé en criant « <em>Chester , Chester</em>» ; et ça aussi a été une bataille  avec le président de la Fédération de rugby qui était effectivement un Blanc extrêmement traditionnel. Il faut bien comprendre ce que représentent les Springboks pour les Afrikaners ; avoir un fils sélectionné dans l&#8217;équipe nationale des Springboks c&#8217;est comme ici avoir un fils admis à  l&#8217;ENA ou l&#8217;Ecole Normale Supérieure. C&#8217;est l&#8217;honneur. L&#8217;équipe des Springboks était entièrement blanche ; j&#8217;ai fait des reportages sur eux et j&#8217;ai notamment interviewé des  habitants d&#8217;une des villes phares des Springboks qui étaient d&#8217;accord pour mettre des Noirs mais comme les sélections se font dans des équipes où il n&#8217;y avait que des Blancs &#8230; aujourd&#8217;hui les choses changent un peu.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Noirs boycottaient le rugby ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ça ne se posait pas en terme de boycott. Ça ne les intéressait pas, d&#8217;autant qu&#8217;ils ne connaissaient pas les règles, ce n&#8217;était pas leur truc. Quand la Coupe du Monde de rugby en 1995 a commencé, et je me souviens très bien, qu&#8217;avec la volonté politique de Mandela d&#8217;admettre l&#8217;équipe, plus les Springboks gagnaient en huitième de final, puis en quart de final, plus les Noirs s&#8217;y intéressaient. C&#8217;est là qu&#8217;on voit le rôle politique fantastique du jeu, à travers l&#8217;idée de performance, de gain, etc. Je n&#8217;assistais pas au match parce que ce jour là j&#8217;avais couvert autre chose mais j&#8217;ai un souvenir qu&#8217;au moment de cette finale de la coupe du monde, on avait l&#8217;impression que même les oiseaux s&#8217;étaient tus. Il y avait un silence ! j&#8217;habitais entre Johannesburg et Soweto, et pas loin des mines d&#8217;or, le silence était incroyable.  Je prends ma voiture et je vais à Soweto, la ville était un désert et quand les essais on été marqués et qu&#8217;il y a eu le coup de sifflet de la fin,  ça n&#8217;a été qu&#8217;une immense clameur dans toute l&#8217;Afrique du Sud. Donc cette partie là de la réconciliation était gagnée. Mais ce n&#8217;était pas la seule évidemment&#8230;Ce match a joué un rôle politique indéniable et Mandela s&#8217;était tellement investi personnellement, il avait investi son aura avec beaucoup de courage dans cette affaire là. Je ne peux pas imaginer que Mbeki aurait pu faire de même, le quart de la moitié.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Eastwood est en admiration devant la personnalité de Mandela ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, mais qui ne l&#8217;est pas ?  Tout le monde admire ou peut admirer la personne de Mandela, moi-même, pourtant je ne devrai pas ! Mandela est fascinant. Comme dit Pienaar dans le film, cet homme qui est resté trente ans dans une cellule, qui en sort sans haine et sans esprit de revanche,  c&#8217;est fascinant ! Et Pienaar, est un jeune Afrikaner héritier de ces traditions où les Afrikaners ont surtout souffert pendant la guerre des Boers. Pour lui l&#8217;idée de la revanche contre les Anglais est toujours dans les têtes. Quand je suis arrivée en Afrique du Sud pour RFI,  j&#8217;avais  tout un background sur le pays mais j&#8217;avais une vision de France. Et là bas, j&#8217;ai compris que s&#8217;il y avait une réconciliation culturelle et politique elle se ferait avec les Afrikaners et les Noirs, et laisserait de côté les Anglais. Contrairement à l&#8217;idée que j&#8217;avais, où les Anglais apparaissaient comme plus libéraux par rapport à l&#8217;Apartheid qu&#8217;ils ont critiqué, mais à condition de garder leurs privilèges ! Et sur place ça m&#8217;a semblé évident.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>On en est t-on aujourd&#8217;hui ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui, Mandela manque ; même quand il n&#8217;était plus président, il a joué un rôle d&#8217;arbitre, jamais très public mais on sentait qu&#8217;il était là, même dans la société. Quand il y a eu des accès de violence et que du coup la sécurité posait un problème sérieux, ce qui n&#8217;est plus le cas aujourd&#8217;hui. Je crois d&#8217;ailleurs,  qu&#8217;il faut arrêter de parler de la sécurité en Afrique du Sud, de la manière dont on en parle. Même dans une émission de télé récemment, dans une bonne émission qui d&#8217;ordinaire va au fond des choses, entendre dire qu&#8217;on ne peut pas regarder un Noir dans les yeux pour des raisons de sécurité, ça me hérisse.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Afrique du Sud est un pays où on vit normalement. C&#8217;est vrai qu&#8217;il peut arriver des mésaventures douloureuses mais moi j&#8217;y ai vécu douze ans et je n&#8217;ai pas vu d&#8217;incident majeur concernant ma propre sécurité. Je suis sortie comme j&#8217;en avais envie,  j&#8217;ai sillonné la ville en voiture à deux heures,  trois heures du matin, sortant de clubs de jazz et je n&#8217;ai jamais été inquiétée. En douze ans, oui, je me suis fait arracher mon sac une fois dans la rue, mais ça arrive aussi en France et il faut arrêter avec cette statistique qui dit que Johannesburg est la ville la plus dangereuse au monde. Je ne la vis pas comme ça, moi. Mandela manque parce qu&#8217;aujourd&#8217;hui il est vraiment <em>out</em>. Dernièrement on a eu des grandes craintes. Dès qu&#8217;il ne se lève plus deux jours, il y a des rumeurs qui filtrent&#8230; et quand la fin arrivera ça sera le très grand événement, le dernier grand événement de ce qu&#8217;aura été cette période depuis 1989, depuis la sortie des prisonniers politiques. Politiquement il prend encore des positions. Par exemple la manière dont il a soutenu la candidature de Zuma. Là aussi il l&#8217;a fait in extremis, et d&#8217;ailleurs il y a eu des polémiques en Afrique du Sud de la part d&#8217;un parti dissident de l&#8217;ANC qui disait que Jacob Zuma dans la bataille politique avait utilisé Mandela, ce qui était vrai car il était important pour Zuma d&#8217;avoir Mandela à ses côtés lequel est en état de vieillissement.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La prison ça n&#8217;arrange rien !</em></p>
<p style="text-align: justify;">Oui mais quand Mandela est sorti de prison, il allait bien ; à ce propos c&#8217;est bien sûr vraiment la cellule où était détenu Mandela à Robben Island (qui est d&#8217;ailleurs devenu un musée) et qu&#8217;on voit dans le film. En tout cas il y a une certitude ; c&#8217;est qu&#8217;on ne reviendra pas, jamais à l&#8217;Apartheid. Aujourd&#8217;hui, on parle « d&#8217;apartheid social » et je trouve que c&#8217;est une expression impropre. Car il y a des luttes sociales, il existe des rapports  de classe mais ça n&#8217;a plus rien à voir avec l&#8217;apartheid et ses 48 ans d&#8217;oppression avec le déni des trois quarts de la population. Aujourd&#8217;hui, il y a la réconciliation. Ce match de rugby n&#8217;a été évidemment qu&#8217;un élément et pas forcément le plus important. Le plus important a été la commission <em>Vérité et Réconciliation</em>, fruit d&#8217;une négociation avant la fin de l&#8217;apartheid. Ça faisait partie du package avec les pays qui ont soutenu la fin de l&#8217;apartheid. Ça faisait partie des conditions, éviter les procès et il fallait éviter les explosions de violence. Avant les élections avec l&#8217;assassinat de Chris Hani leader du Parti Communiste en avril 1993, et dauphin de Mandela, ça été très tendu. L&#8217;explication officielle dit que c&#8217;est l&#8217;extrême droite.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quel est le lien entre PC et ANC ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le PC est dans l&#8217;alliance gouvernementale qui s&#8217;est toujours dite indépendante, mais tous les militants du parti communiste sont membres de l&#8217;ANC. A cette fusion organique, &#8211; si on peut dire ! &#8211; s&#8217;est ajoutée la fusion électorale. Jamais le Parti Communiste ne s&#8217;est confronté tout seul à l&#8217;électorat, il s&#8217;est toujours présenté sous l&#8217;étiquette de l&#8217;ANC. La commission Vérité et réconciliation a effacé beaucoup de traces, elle a permis d&#8217;élucider des actes du passé, et c&#8217;est Desmond Tutu qui a mené ça leur demandant de dire pardon, de traduire devant ce tribunal des gens de l&#8217;extrême droite, les gens des sévices spéciaux ou des gens de l&#8217;ANC comme Winnie Mandela. Avec une semaine entière consacrée à l&#8217;audition de Winnie à cause de l&#8217;affaire de son équipe de supporters à Soweto. C&#8217;est vrai que tout le monde avait du sang sur les mains car la lutte a été tellement dure en 1985 -1986. Ces dernières années d&#8217;apartheid ont été  intenses et la fin justifiait les moyens. Il fallait conquérir le terrain. ça s&#8217;est fait à la serpe et s&#8217;était une vraie guerre.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Springboks aujourd&#8217;hui sont ils vraiment l&#8217;équipe d&#8217;une nation ? Les Noirs vont ils au stade ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Ça dépend ; il ya des hauts et des bas. Il y a des Noirs parmi les spectateurs, mais ce sont ceux de la <em>middle class</em> et de la classe supérieure. Ils se piquent de rugby et ils aiment, mais dans les townships les Noirs restent très attachés au foot. Il faut dire que les Springboks vont dans les compétitions internationales alors que les Bafana Bafana c&#8217;est une vraie catastrophe ! La réconciliation ne peut être qu&#8217;un processus à long terme et qui doit passer par des choix sociaux. On ne peut pas faire de réconciliation quand il y a de telles disparités sociales. Le gouvernement de Jacob Zuma répond à des critères de représentativités politiques. Ce n&#8217;est pas pour rien que Zuma a mis un fermier blanc, membre du syndicat du Transvaal, le syndicat le plus réactionnaire de fermiers blancs, comme  vice Ministre de l&#8217;Agriculture et de la Réforme des Terres, alors qu&#8217;en réalité Zuma est contre. Mais là aussi il a bien compris la leçon de Mandela. C&#8217;est un bon élève de Mandela ce que n&#8217;était pas Mbeki. Mbeki est un homme d&#8217;appareil alors que Zuma est homme de terrain, près des gens, ce qui ne le blanchit pas de tout ce qu&#8217;il a pu faire car Zuma peut tomber avec des casseroles à la fin de son mandat.</p>
<p style="text-align: justify;">Propos recueillis par Laura Laufer</p>
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		<title>La veine comique et sentimentale de Ken Loach, looking for Eric</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Nov 2009 09:28:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l&#8217;occasion de la sortie du film en DVD La surprise des fans de Ken Loach a pu être conséquente en découvrant Looking for Eric. La dureté et la noirceur des ses récentes créations, traitant de la surexploitation des travailleurs clandestins (« It’s a free world ») « ) ou de la répression du mouvement national irlandais dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/11/lookingforericdvd.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1384" title="lookingforericdvd" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/11/lookingforericdvd.jpg" alt="lookingforericdvd" width="300" height="300" /></a>A l&#8217;occasion de la sortie du film en DVD</p>
<p style="text-align: justify;">La surprise des fans de Ken  Loach a pu être conséquente en découvrant <em>Looking for Eric</em>. La dureté et la noirceur des ses récentes créations, traitant de la surexploitation  des travailleurs clandestins (« It’s a free world ») « ) ou de la  répression du mouvement national irlandais dans les années 1920 (« Le  vent se lève ») ne laissaient pas prévoir ce dernier film.</p>
<p style="text-align: justify;">L’apparition spectrale mais  très réaliste d’Eric Cantona dans son propre rôle de héros retraité  du football professionnel en est l’élément le plus spectaculaire (1) et divertissant. Celles et ceux qui n’auraient que peu de connivence  avec l’idole de Manchester United  pourront quand même apprécier  sa prestation pleine de retenue : le personnage central étant bien le  « working class heroe » Eric Bishop, postier de son état et divorcé  dépressif.<span id="more-1382"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Même dans un registre fantaisiste,  Loach demeure un portraitiste fidèle et talentueux des communautés  prolétaires anglaises : ici des postiers (de la banlieue de Manchester)  unis fraternellement dans la ferveur du football et du pub. L’humour  est bon enfant, la solidarité quotidienne réelle ; comme dans le chant  mythique des supporters des Reds de Liverpool  « you will never  walk alone » (2) : toute la bande des vieux camarades est sur le pont pour  dépanner Bishop et l’aider à sortir son beau-fils du mauvais pas  dans lequel il se trouve.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, la violence et le  désespoir, si emblématiques de l’Angleterre thatchero-blairiste ne  sont pas si loin. Le parcours du héros, « coaché » par Cantona, tendra  à reconquérir son ancienne amoureuse, et par là, l’estime de soi.</p>
<p style="text-align: justify;">Le film recèle à sa  fin une désopilante scène à base de masques en carton-pâte  et une séquence au générique d’une mémorable conférence de presse  donnée réellement par le King Eric à l’époque de sa gloire, dans  laquelle il est question de mouettes et de chalutier.</p>
<p style="text-align: justify;">DL</p>
<p style="text-align: justify;">(1) Les amateurs de ballon rond  se régaleront de quelques morceaux choisis des prouesses du kakou de  Manchester</p>
<p style="text-align: justify;">(2) « tu ne marcheras jamais seul »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
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		<title>Le ruban blanc</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Nov 2009 17:38:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Haneke situe l’action de son film dans un village isolé de Prusse orientale entre l&#8217;été 1913 et l&#8217;été 1914. Nous y pénétrons par la voix d’un narrateur, autrefois jeune instituteur dans cette communauté où les enfants accusés de concupiscence, devaient, en châtiment, porter un ruban blanc symbole d’innocence et de pureté. Une série d&#8217;événements tels [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="“MsoNormal”" style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/11/rubanblanc.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-1341" style="margin: 5px;" title="rubanblanc" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/11/rubanblanc-225x300.jpg" alt="rubanblanc" width="203" height="270" /></a>Haneke situe l’action de son film dans un village isolé de Prusse orientale entre l&#8217;été 1913 et l&#8217;été 1914. Nous y pénétrons par la voix d’un narrateur, autrefois jeune instituteur dans cette communauté où les enfants accusés de concupiscence, devaient, en châtiment, porter un ruban blanc symbole d’innocence et de pureté. Une série d&#8217;événements tels accidents, incendie, agressions surviennent et chacun s’interroge dans un climat de soupçon et de délation. L’instituteur mène son enquête sans résoudre pleinement le mystère.</p>
<p class="“MsoNormal”" style="text-align: justify;"><span> D’une facture classique d’un film en costumes, celui-ci revêt un peu l’aspect d’un thriller en noir et blanc composé de longs plans d’une rigueur méticuleuse laissant peu de place à la respiration ou à la liberté du spectateur. Certes, Haneke a créé quelques touches de vie pour rehausser le sordide de sa vision d’ensemble (l’enfant sauvant l’oiseau ou parlant de la mort, le baiser entre l’instituteur et son aimée), mais le style froid et glacé du cinéaste provoque peu d’émotions. Le hors-champ et l’ellipse pèsent des tonnes, le suggestif devient démonstratif, l’écriture fait système. La mise en scène surligne la rigidité d’une société fortement hiérarchisée où les puissants dominent une masse soumise et dont les enfants, sous le joug du fouet, héritent du Mal par l’Evangile et la loi des Pères. Ainsi se façonne une génération entière, bonne à embrasser plus tard le nazisme, et l’échantillon humain de ce village des damnés vaut pour représentation universelle. <span> Telle est la thèse de ce film où la soumission tient lieu de destin par l’effet du déterminisme. <span id="more-1334"></span></span></span></p>
<p class="“MsoNormal”" style="text-align: justify;">Selon Haneke, <em>« C’est un film sur les origines du mal. Je voulais montrer comment l’être humain se prépare à suivre une idéologie, les conditions sociales, psychologiques, matérielle d’un tel processus qui naît d’une situation de malaise, d’oppression, d’humiliation. C’est universel et non réductible au cas du nazisme».</em></p>
<p class="“MsoNormal”" style="text-align: justify;">Trêve de métaphysique : même un père de l’Eglise, tel Augustin, pense qu’au Mal, l’homme peut opposer le libre arbitre, quant au nazisme c’est un enfant du capitalisme et sa mythologie hérite plutôt du paganisme que du christianisme. Nous croyons que l’homme, peut agir pour transformer le monde et, ce faisant, lui même. Bref, l’Histoire existe : le monde n’est pas gouverné par des idées mais par un ordre matériel et des rapports sociaux dépendants du mode de production et de son développement historique. Epicure avait raison : à trop croire les affabulations de l’idéologie, on ne perçoit plus le réel.</p>
<p class="“MsoNormal”" style="text-align: justify;"><em> </em>Laura Laufer</p>
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		<title>Tutto Fellini !</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Nov 2009 17:17:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cultures]]></category>

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		<description><![CDATA[Venu du dessin de caricature et de la satire littéraire, Fellini transfigure le réel dans un cinéma reconnaissable entre tous, poétique et grotesque. Ses premiers films, le satirique Cheik Blanc ou l’émouvant I Vitelloni, dessinent le portrait d’une génération de petit-bourgeois bigots ou désœuvrés qui succède au fascisme, sa trilogie néoréaliste, d’inspiration chrétienne La Strada, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/11/bidone.jpg"><img class="size-full wp-image-1327 alignleft" style="margin: 5px;" title="bidone" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/11/bidone.jpg" alt="bidone" width="225" height="304" /></a>Venu du dessin de caricature et de la satire littéraire, Fellini transfigure le réel dans un cinéma reconnaissable entre tous, poétique et grotesque. Ses premiers films, le satirique <em>Cheik Blanc</em> ou l’émouvant <em>I Vitelloni, </em>dessinent le portrait d’une génération de petit-bourgeois bigots ou désœuvrés qui succède au fascisme, sa trilogie néoréaliste, d’inspiration chrétienne <em>La Strada</em>, <em>Il Bidone</em>, <em>Les Nuits de Cabiria</em> montrent exclus et parias touchés par la grâce.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Aujourd’hui sort en copies restaurées <em>Il bidone, La Dolce Vita, 8 ½</em>. Dans le premier, véritable chef d’œuvre tragique, Fellini montre le paysage d’une Italie où la misère du pauvre est exploitée par encore plus misérable, où le voleur, honteux et humilié, s’avilit chaque jour davantage abusant de la crédulité du pauvre, de ses superstitions, de ses croyances, de ses espoirs en une vie meilleure. Sous l’habit d’hommes d’Eglise ou d’officiels, on vole la valeur de quelques messes ou d’un logement social. Montrant des arnaques minables, le cinéaste s’attache au personnage central, l’escroc Augusto qui incarne, un des plus beau « clown» de son œuvre. Ici, pas de compassion. Ce rôle complexe, riche et très troublant est tenu par le formidable acteur Broderick Crawford lequel, derrière le physique épais du personnage, joue la douleur d’un homme déchiré, vieillissant, usé et qui, conscient de la bassesse de ses actes, marche à l’abattoir.<span id="more-1318"></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em>La Dolce Vita </em>ouvre la deuxième période de l’œuvre du cinéaste. Ce film charnière confirme le style baroque du cinéaste pressenti dès <em>Le Cheik Blanc</em>. Fellini y montre une société romaine dont « l’âme » dérive et<span> qui s’incarne dans de faux miracles avec la bénédiction de l&#8217;Eglise. Ce film, où l’abondance des corps déborde l&#8217;écran, révèle la décadence d&#8217;une société bourgeoise qui exhale la charogne jusqu&#8217;à la nausée. &laquo;&nbsp;<em>Rome buvait, gaie, ivre et la face rougie ; et l&#8217;odeur du tombeau sortait de cette orgie</em>.&nbsp;&raquo; (1) Le film provoque l’ire du Vatican : pour Fellini, né catholique et provincial, l’Eglise par ses fastes et ses rites n’appartiendra plus désormais qu’à la société du spectacle.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Dans<em> 8 ½</em> l’expression du monde intime du réalisateur apparaît dans une forme neuve. L’écriture s&#8217;y fait autobiographie, dissection, expression des sentiments et des névroses, introspection, non sans narcissisme. Ce <em>huitième film et demi </em>nous raconte le processus de création d’un film et l’angoisse du cinéaste devant la «page blanche» dans un cinéma de véritable fantastique intérieur.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">D&#8217;essence baroque, l’écriture fellinienne crée des films protéiformes où domine la représentation de revues, défilés, manifestations, processions et parades. Fellini par le spectacle de la société, fait de la société du spectacle le cœur de son œuvre.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Parti de Rimini, l’artiste a vécu et travaillé à Rome, ville du gouvernement, du cinéma et de l&#8217;Eglise. Là est née sa critique de cette Sainte Trinité. Entre sa jeunesse provinciale , sous le fascisme, évoquée dans <em>Amarcord </em><span> et la réalisation de <em>Ginger et Fred</em> où Fellini dénonce une télévision qui sonne le triomphe de la misère, trente-sept ans ont passé d&#8217;une Italie qui a vu finir le Duce et commencer Berlusconi.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Au studio 5 de Cinecitta, ses films se sont tissés là où souffle le vent, au pied d&#8217;échafaudages suspendus entre mer et lune comme autant d&#8217;astronefs. Fellini a réinventé la mer pour accomplir un fabuleux <em>Voyage vers la lune</em>, juste avant que le règne de la marchandise ne vole au 7ème Art toute sa lumière.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Laura Laufer</p>
<p class="MsoNormal">(1) Hugo, La Décadence de Rome.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<h3 class="MsoNormal">du 20 octobre 2009 au 17 janvier 2010 Tutto Fellini</h3>
<p class="MsoNormal"><strong>Intégrale, Cinémathèque française.</strong></p>
<p class="MsoNormal"><strong>Exposition au Jeu de Paume</strong></p>
<p class="MsoNormal"><strong>Colloques, théâtre, concert : Institut culturel italien.</strong></p>
<p class="MsoNormal"><strong>DVD </strong></p>
<ul>
<li><strong>Coffret Fellini au travail</strong> avec <strong><em>Bloc notes d’un cinéaste</em></strong> film de Fellini plus un portrait et des documents rares. Une série de films à 9,90 € <strong>Ed. Carlotta</strong>.</li>
<li><strong>8 ½ </strong>coffret de 2 Dvd 19,99 commentés<strong> Ed. Gaumont</strong></li>
</ul>
<p class="MsoNormal"><strong>En salles</strong></p>
<ul>
<li><strong><em>Il bidone</em></strong> et rétrospective. Studio Action  www.actioncinemas.com</li>
<li><strong><em>La Dolce Vita</em></strong> Filmothèque. Quartier Latin www.lafilmotheque.fr</li>
</ul>
<p class="MsoNormal">
<p class="MsoNormal">Les films sortiront ensuite en province.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Rachel de Simone Bitton</title>
		<link>http://gauche-unitaire.fr/2009/10/10/rachel-de-simone-bitton/</link>
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		<pubDate>Sat, 10 Oct 2009 13:13:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cultures]]></category>

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		<description><![CDATA[Documentaire utile et rigoureux, Rachel enquête sur la mort de Rachel Corrie, jeune pacifiste américaine écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne. Avec ses jeunes amis d’International Solidarity Movement (ISM), Rachel était venue s’opposer à la destruction de maisons palestiniennes. Des jeunes gens venus défendre le droit à la vie contre la misère, le pillage, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Documentaire utile et rigoureux, <em>Rachel </em>enquête sur la mort de Rachel Corrie, jeune pacifiste américaine écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne.</p>
<p><object width="300" height="248" data="http://www.youtube.com/v/3Zyn3aSRunM&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" type="application/x-shockwave-flash"><param name="salign" value="tl" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/3Zyn3aSRunM&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" /><param name="align" value="left" /></object></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Avec ses jeunes amis d’International Solidarity Movement (ISM), Rachel était venue s’opposer à la destruction de maisons palestiniennes. Des jeunes gens venus défendre le droit à la vie contre la misère, le pillage, la dévastation et la mort. Des jeunes gens courageux, émouvants qui ont nom Alice, Joe, Will&#8230; Le film de Simone Bitton touche par son sujet tragique mais aussi par l’écriture choisie, très sensible et sobre. La mort de Rachel est-ce accident ou crime de l’Occupation israélienne? Dans la recherche de la vérité, Simone Bitton croise sources et documents : lettres de Rachel lues par ses proches, images du lieu du crime, témoignages de ses amis ou des Palestiniens présents, rapports officiels, diagrammes, archives télévisuelles, documents de l’armée&#8230;<span id="more-1190"></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Tenace, la cinéaste par l’insistance de ses questions et le choix d’un cadrage juste, débusque le malaise ou le mensonge chez la porte-parole de Tsahal, l’officier en charge de l’enquête, le médecin légiste. Rachel tenait un journal de voyage sous forme d’e-mails pour sa famille et ses amis. Présence de l’absence : à travers les traces qu’elle a laissées, la jeune disparue revit dans un portrait sensible et bouleversant, celui d’une jeune fille engagée de notre temps, dont le destin tragique dessine aussi celui de la Palestine.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: right;"><strong>Laura Laufer</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton présente <em>Rachel </em>en avant &#8211; première aux </strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Le Méliès</strong> –Montreuil.  <strong>Dimanche 11 octobre</strong> M°.Croix de Chavaux. dans le cadre des Rencontres documentaires. <a href="http://www.peripherie.asso.fr" target="_blank">www.peripherie.asso.fr</a><a href="http://www.peripherie.asso.fr" target="_blank"> </a></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Cinéma Utopia</strong> – Bordeaux . <strong>Lundi 19 octobre</strong> à 20h30.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">puis</p>
<p class="MsoNormal"><strong>-Montpellier – Diagonal Capitole</strong> : débat en présence de la réalisatrice et du producteur le mardi 13 octobre à 20h – avec l’Association France Palestine Solidarité 34</p>
<p class="MsoNormal"><strong>- Bordeaux – Utopia :</strong> débat en présence de la réalisatrice le lundi 19 octobre à 20h30 – avec Génération Palestine, Palestine 33 et l&#8217;Union Juive Française pour la Paix</p>
<p class="MsoNormal"><strong>- Toulouse – Utopia Latin :</strong> débat en présence de la réalisatrice le mardi 20 octobre à 20h30 &#8211; avec Génération Palestine et l&#8217;Union Juive Française pour la Paix</p>
<p class="MsoNormal">
<p class="MsoNormal"><strong>Semaine du 21 au 27 octobre : Sortie nationale</strong></p>
<p class="MsoNormal">- Paris &#8211; Reflet Médicis</p>
<p class="MsoNormal">- St Denis – Les Ecrans : débat en présence de la réalisatrice le dimanche 25 octobre à 15h30</p>
<p class="MsoNormal">- Montreuil – Le Méliès</p>
<p class="MsoNormal">- Brive la Gaillarde – Le Rex</p>
<p class="MsoNormal">- Bordeaux – Utopia</p>
<p class="MsoNormal">- Toulouse – Utopia Latin</p>
<p class="MsoNormal">- Montpellier – Diagonal Capitole</p>
<p class="MsoNormal">- Marseille – Les Variétés : débat en présence de la réalisatrice le vendredi 23 octobre</p>
<p class="MsoNormal">- Lyon –CNP Terreaux : débat en présence de la réalisatrice le mardi 27 octobre</p>
<p class="MsoNormal">- Grenoble – Le Méliès</p>
<p class="MsoNormal">- Hérouville St Clair – Le Café des Images : débat en présence de la réalisatrice le jeudi 22 octobre</p>
<p class="MsoNormal">- Agen – Ledru Rollin</p>
<p class="MsoNormal">- Marmande – Le Comoedia</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><!--more--></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">
<h2 class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Entretien avec la réalisatrice</strong></h2>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>- Pourquoi ce film ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong>: Il y a plusieurs motivations. Je voulais consacrer un film à Gaza. Gaza, on en parle dans les moments qui reviennent régulièrement et où il ya beaucoup de morts. On en parle pendant quelques jours, sinon on oublie cette population qui est vraiment une population martyr, une population qui vit bouclée pas seulement parce que le Hamas est au pouvoir, mais qui vit cette situation depuis 15 ans. La bande de Gaza est bouclée, assiégée. C’est un endroit difficile d’accès parce que l’armée israélienne ne permet d’y entrer qu’au compte goutte et jamais quand il s’y passe des choses qu’elle veut cacher. Moi, j’aime bien aller dans les endroits où le pouvoir n’aime pas trop qu’on aille. Ensuite, le fait qu’après la mort de Rachel, il y a eu –ce n’est pas très étonnant par ce que ça arrive régulièrement –un cas symbolique où s’expriment tout le système, tous les rouages de la désinformation, de la mauvaise foi, des explications tronquées, de l’enquête faite par l’armée elle-même sur ses propres violations des droits de l ‘homme. Tout ce qui est très évident dans l’affaire Rachel Corrie et que j’étais intéressée à traiter : l’impunité dans laquelle reste ce genre de mort et tout le système de parole, de propagande et de désinformation qui se fait autour de ça. Et surtout le fait que cette jeune fille écrivait des emails magnifiques que ses parents ont publiés après sa disparition. Je les ai lus et ils m’ont beaucoup touchée. Les emails de Rachel Corrie ne provoquent pas un genre d’émotion facile, même s’il est légitime d’être émue par cette jeune personne talentueuse dont on sait à la lecture de ses mots qu’elle va mourir quelques jours après les avoir écrits. Il existe dans les paroles de Rachel un vrai développement très rapide et très intelligent d’une conscience politique qui est dit avec des mots justes. C’est vraiment un voyage initiatique, qu’elle fait. Elle découvre plein de choses, la guerre, la violence, l’injustice mais aussi l’hospitalité du pauvre. C’est très beau et perturbant. Ce sont toutes ces raisons mises ensemble qui ont fait qu’a muri dans mon esprit qui de toute façon est obsédé par le conflit moyen oriental, l’idée d’un film enquête. Je me suis dit, je vais faire cette enquête que personne n’a faite. Et en même temps faire une enquête cinématographique qui laisse beaucoup de place à l’imaginaire du spectateur.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>- Est ce que ça a été difficile de retrouver les témoins qu’on voit dans le film ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong>: Oui, tout a été très difficile. Les internationaux qui étaient tous des Rachel Corrie en puissance, c’est à dire que ce qui lui est arrivé aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre eux. Ils étaient un groupe de huit, de nationalités différentes, qui avaient vécu ensemble, puis ensuite chacun était rentré chez soi. Il a fallu les chercher, les retrouver et les convaincre. Il y avait quand même de la part de certains d’entre eux une certaine réticence à participer au film, à témoigner dans mon film. Une réticence qui était due au fait qu’ils avaient eu une mauvaise expérience avec les médias. A l’époque où le traumatisme de la mort de Rachel était fort et dans les semaines qui ont suivi, ils ont été sollicités par de nombreux médias et plusieurs fois ils ont trouvé leurs paroles déformées ou manipulées. De toutes façons n’importe qui venait vers eux avec un micro et ce sont des gens qui ne font pas confiance aux médias en général. Il y avait aussi pour certains d’entre eux une espèce d’animosité immédiate envers quiconque voulait attacher beaucoup d’importance à la mort de Rachel comme si vouloir faire un film sur Rachel ou l’histoire de Rachel, c’était laisser dans l’ombre, une fois de plus, toutes les victimes palestiniennes anonymes. Il a fallu beaucoup discuter, montrer mes travaux précédents à certains d’entre eux pour que finalement la relation de confiance s’établisse sans laquelle le film n’aurait pas pu exister. Ces militants internationalistes sont les témoins directs. Ils étaient là, ce sont les témoins les plus importants avec le pharmacien palestinien. Celui-ci était dans sa maison pendant que le bulldozer s’approchait de sa maison et que Rachel s’interposait entre le bulldozer et sa maison. Le pharmacien a tout vu à travers une fente de sa palissade et il est lui aussi, un témoin direct. Ce pharmacien n’a jamais été interrogé par l’enquête de l’armée israélienne. Ce sont vraiment les témoins directs qui témoignent dans mon film.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>- Dans le film on entend la parole de ceux qui ont vu et qui étaient là mais en face on entend aussi la parole de l’armée israélienne ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong> Oui, mais dans ceux qui ont vu, il y a aussi les deux soldats de l’armée israélienne qui étaient dans le bulldozer. Je n’ai pas pu les rencontrer. L’armée garde leur identité secrète. Et même si j’ai réussi par des voies détournées à parvenir à faire passer un message à certains d’entre eux, parce que c’est un petit pays où tout le monde connaît tout le monde : en cherchant on finit par trouver. Le chauffeur du bulldozer m’a fait savoir qu’il ne voulait pas me rencontrer ni me parler et moi je ne filme que des gens qui acceptent être filmés. Mais leur parole est dans le film parce qu’ils ont donné des dépositions à l’armée israélienne et je me suis procuré ces dépositions que je fais lire par des voix off. D’autre part, ils ont été interviewés par une chaine de télévision quelques jours après la mort de Rachel. Cette chaine a diffusé quelques secondes de leur parole et j’ai pu acheter les rushs de cette interview que j’utilise dans le film. A part ça, il y a la porte parole de l’armée israélienne dans mon film qui fait une longue intervention. C’est la version officielle. Et puis, j’ai pu retrouver l’officier de la police militaire israélienne, en réalité l’ex–patron qui était en charge de l’enquête interne de la police militaire israélienne sur la mort de Rachel. Il n’est plus militaire maintenant, il est dans le civil ce qui fait que nous pouvions nous passer de l’autorisation de l’armée qui, sans doute, ne l’aurait pas donnée. Il témoigne dans le film, assez franchement et courageusement, en me disant en gros que son enquête ne valait pas grand chose, même s’il ne le dit pas avec ces mots-là. En tout cas, il dit bien qu’on ne lui avait pas donné les moyens pour enquêter sur ce cas là comme sur d’autres d’ailleurs. La seule chose qu’on lui demandait, c’était de recueillir les dépositions des soldats et il n’est pas dupe. Il sait très bien que les soldats s’entendent entre eux pour se couvrir l’un l’autre, qu’il n’a pas pu avec son équipe se rendre sur les lieux, qu’il n’a pas pu interroger les témoins palestiniens et…quand on sait que l’armée israélienne est toute puissante là-bas…bref d’une manière assez gênée aux entournures, il me dit tout ce qu’on doit penser de cette enquête.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><em></em></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>-Vous n’avez pas pu vous rendre sur le lieu où Rachel a été tuée ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong>: Je n’ai pas eu le droit de me rendre sur le lieu même où Rachel a été tuée parce que l’Armée israélienne ne m’a pas permis de rentrer dans la zone de Gaza mais j’y suis quand même parce que mon équipe a pu entrer et j’ai tout préparé. Ce sont des séquences que j’ai dirigées –comme je dis « à la télécommande ». Je voudrai parler de cette interdiction. Il faut que les gens le sachent. L’entrée sur la bande de Gaza est entièrement contrôlée par l’armée israélienne qui laisse entrer qui elle veut. Comme j’ai la double nationalité française et israélienne, je ne vis pas en Israël. Bien que j’ai une carte de presse qui m’est délivrée par les services gouvernementaux israéliens, je ne suis pas autorisée à entrer dans Gaza comme tous les journalistes israéliens. Maintenant, ça fait bien quatre ans, peut-être cinq, qu’aucun journaliste israélien n’a été autorisé à entrer dans la bande de Gaza, même ceux qui sont les correspondants en territoire palestinien des grands journaux et c’est une règle qui n’a strictement aucune exception, même pour des gens comme moi qui ont la double nationalité. Je n’utilise pas ma nationalité israélienne. Je ne vis pas en Israël mais leurs ordinateurs savent tout. J’ai essayé plusieurs fois de renter au check point avec mon passeport français, mais l’ordinateur sait que ce passeport français est lié à un passeport israélien donc je n’ai pas pu y aller. Mais j’ai pu envoyer mon équipe parce qu’ils sont français. Même si ça n’a pas été facile, j’ai réussi à les faire rentrer. J’avais tout préparé et je leur ai parlé avant sur ce que je voulais. Ils étaient accompagnés d’un journaliste français qui connaît le terrain. C’était une expérience extrêmement douloureuse, étrange. C’est comme ça dans le documentaire et pour mon film précédent (cf.<em> Mur</em>), c’est pareil pour certaines séquences où je n’ai pas pu me rendre à Gaza. Il y même une séquence avec quelqu’un à Gaza que j’ai dirigé par vidéo conférence. Il faut entrer par la fenêtre quand la porte est fermée. Alors c’est bien pour un entretien mais ce n’est pas possible de faire un panoramique sur un paysage par vidéo conférence. Ou alors si c’est possible techniquement, ça devient très compliqué et très cher et ce sont des choses que je ne peux pas me permettre. Donc, je fais confiance à mon équipe qui est formidable et avec qui j’ai l’habitude de travailler. Pour ces séquences, je suis là sans y être.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>Rachel est aussi un film de la trace réalisé avec rigueur qui croise plusieurs sources documentaires …Comment les pièces de l’enquête se sont constituées ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong>: Ça a été long trois ans, avec beaucoup d’allers-retours que j’ai fait en Israël, aux Etats Unis, en Angleterre et en Ecosse où vit une partie des témoins. Le mot rigueur que vous employez me plaît. Pour s’attaquer à un tel sujet, si on n’est pas rigoureux ce n’est pas la peine ! Je me suis vraiment mise dans la peau non pas d’un journaliste mais d’un juge d’instruction. J’ai fait le travail qu’un juge d’instruction aurait du faire et les témoignages directs que je n’ai pas pu avoir comme ceux des soldats, c’est parce qu’on m’a empêchée de les avoir. Mais à part ça, tout ce qui se rapproche de leur témoignage direct est dans le film : leurs dépositions signées et la parole qu’ils ont donnée quand ils pouvaient encore la donner. Tout est là : toutes les versions, elles sont contradictoires, toutes les photos, il y en a beaucoup…tous les documents possibles, les emails tout, tout. Tout ce qui se serait amoncelé sur la table d’un juge d’instruction était dans ma table de montage. Y compris le médecin qui a autopsié le corps de Rachel, y compris le médecin palestinien dans les bras duquel Rachel est morte. Tout est là et il n’y a pas de commentaire. Je n’ai pas mis de voix du « Bon dieu » ou du réalisateur qui dirige et qui dit ce qu’il faut penser. Il y a un montage qui, je le pense, aussi est rigoureux mais qui donne sa chance à chacun. C’est ainsi que la porte parole de l’armée israélienne, parle dix minutes dans le film.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Oui mais quand on voit le témoignage d’Alice et celui de la porte parole de l’armée israélienne, l’émotion n’est pas la même. Alice m’a beaucoup émue par exemple.</strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong>: Oui mais vous, c’est vous et quelqu’un d’autre ne ressentira pas la même chose. Je pars montrer le film en Israël et il est évident, qu’il y aura des spectateurs qui estimeront que les militants internationaux peuvent très bien mentir. Le spectateur n’est pas une page blanche et surtout pas sur le conflit moyen oriental. Il n’y a quasiment pas un spectateur qui soit une page blanche. C’est pour ça entre autres, que la rigueur dans les films documentaires qui traitent de ce sujet est une condition <em>sine qua non</em>. S’il y a la moindre faille dans cette rigueur qui de toute façon devrait exister dans tous les films documentaires, mais encore plus sur ce sujet, le film ne vaut rien avant même de commencer. Je le sais et d’ailleurs j’en suis très contente parce que ça me donne une leçon pour le documentaire en général. Moi je donne aux intervenants leur chance. Quand je donne la parole à quelqu’un, il a vraiment la parole. Je ne le coupe pas, je ne le manipule pas et je laisse le spectateur faire le travail et je lui laisse la possibilité d’être de mauvaise foi.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>- Le documentariste n’est ni un historien, ni un analyste, ni un sociologue… Peut il se substituer au juge d’instruction ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton :</strong> Non. Dans mon film, il n’y a pas de verdict. Mais ce n’est pas la peine de se raccrocher à d’autres disciplines. C’est un film documentaire. Et quand on dit « film enquête », il y a un peu le côté détective, Sherlock Holmes, juge d’instruction mais il y a aussi la mise en scène d’une voix, d’une parole. Comment on filme des objets, comment on filme des paysages et puis surtout comment on monte tout ça. Et là évidemment la subjectivité du réalisateur s’exprime dans le montage. C’est une subjectivité plus vaste que celle du détective qui doit dire « <em>est ce que la preuve est bonne </em>? ». C’est une subjectivité qui interroge « qu’est ce qu’est qu’être jeune ? », « qu’est ce qu’un idéal, qu’est ce que la guerre ? », sur un tas de choses plus larges que ces professionnels que vous évoquez.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">Je transporte le spectateur durant 1 h et demi et j’essaie de lui faire partager mes peurs, mes inquiétudes ; tout ce qui fait le cinéma, documentaire ou pas documentaire. Je lui raconte une histoire. Je suis un <em>story teller</em>. Voilà.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;">-<strong><em>Mais dans cette histoire, il y a une très jeune femme comme Rachel . Ce n’est pas rien du point de vue de l’émotion ?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton </strong>: Dans les motivations, je vous ai raconté ; il y en a une autre dont je me suis rendue compte après coup ; qui était moins consciente au départ. Rachel est un peu moi en beaucoup plus courageuse. J’ai l’âge d’avoir une fille de son âge. Et comme moi, elle a refusé que l’on opprime en son nom. Moi en tant qu’Israélienne lorsque je me range du côté de la justice pour les Palestiniens, je sors de ma tribu et surtout je refuse que l’on opprime, que l’on assiège, et que l’on bombarde en mon nom en tant qu’israélienne et juive. Et Rachel en tant qu’Américaine a porté à Gaza un autre témoignage sur l’Amérique. Parce que le Caterpillar qui l’a tuée était américain, les F16, les armes au dessus de sa tête comme les drones sont américaines. Pour tous les Palestiniens, l’Amérique c’est ça et pour les gens de Gaza en particulier. L’Amérique c’est les armes, l’avion qui détruit leur vie. Rachel est sortie des préjugés de sa tribu et, ça me touche très intimement. Je sais ce que ça veut dire. Je m’identifie très bien très facilement à cette figure du « beau traître ».</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>- Dans le dernier témoignage de l’anarchiste israélien je trouve beaucoup d’espoir.</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton :</strong> Ca c’est la magie du cinéma ; vous avez quelqu’un qui résiste. Il dit qu’il résiste tout en sachant qu’il y a très peu de chances que sa résistance réussisse vu le rapport de forces, mais il dit qu’il le fait parce que c’est la vie, parce sans résistance il n’y a pas de vie. Son discours qui est d’une certaine manière désespérant à cause de la beauté des mots qu’il emploie et de la beauté de son visage et de la beauté de l’idée qu’il exprime, ça crée de l’espoir. De toute façon, l’image de la jeunesse, c’est comme dans la nature, quand on regarde un bel arbre et que l’espoir revient. La foi dans l’homme est là. Entendre un jeune homme si pur dire cela, c’est la beauté incarnée et l’espoir.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><em>- Les parents de Rachel sont très émouvants. </em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Simone Bitton</strong>: Quand j’ai vu ses parents, j’ai pensé à un proverbe hébreu qui dit « <em>La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre »</em>. Et c’est ça, quand on voit leur noblesse et leur dignité, on se dit qu’elle avait de la chance d’avoir de tels parents et que ses parents avaient de la chance d’avoir une telle fille. Elle ressemble à ses parents et ses parents lui ressemblent. Rachel était du côté de la vie. Elle n’est pas allée à Gaza pour y mourir. Elle y est allée pour aider les gens à vivre. Je voudrai ajouter que j’ai fait ce film en espérant que les gens iront le voir mais surtout que les jeunes iront le voir.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong>Propos recueillis par Laura Laufer</strong></p>
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		<title>Fais-moi plaisir !</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Jul 2009 19:17:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cultures]]></category>

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		<description><![CDATA[Fais-moi plaisir ! de et  avec Emmanuel Mouret, Frédérique Bel, Déborah François, Judith Godrèche. Les films réalisés et joués par Emmanuel Mouret signent de nos jours ce qu’il y a de plus réjouissant dans le cinéma comique français. Mouret a créé un personnage  qui tient par son envie de séduire de l’Antoine Doinel de Truffaut, par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><span style="font-family: Arial; font-size: small;"><em><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/07/faismoiplaisir.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-985" style="margin: 5px;" title="faismoiplaisir" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/07/faismoiplaisir.jpg" alt="faismoiplaisir" width="200" height="267" /></a>Fais-moi plaisir ! </em> de  et  avec Emmanuel Mouret, Frédérique Bel, Déborah François,  Judith Godrèche. </span></p>
<p align="justify">Les  films réalisés et joués par Emmanuel Mouret signent de nos jours  ce qu’il y a de plus réjouissant dans le cinéma comique français.  Mouret a créé un personnage  qui tient par son envie de séduire  de l’Antoine Doinel de Truffaut, par son badinage savoureux des personnages  des comédies de Rohmer et par sa propension à générer les situations  absurdes comme à déchaîner les catastrophes de  ceux créés  par Blake Edwards (<em>Panthère rose</em> ou l’Indien de <em>La Party</em>).  Mouret construit de forts beaux gags, exercice qui exige rigueur et  concision d’autant plus que dans <em>Fais moi plaisir</em>, nous sommes  sur un sujet glissant.  Qu’on en juge : tout commence au lit avec  un savant jeu de pieds  par lequel Jean &#8211; Jacques (Emmanuel Mouret)   exprime à sa compagne Ariane (Frédérique Bel) un désir érotique  pressant que cette dernière éconduit. Ariane, capricieuse,  exprimant  bientôt sa  jalousie envers une inconnue (Judith Godrèche) dont  la rencontre avec Jean-Jacques n’est pas que  fortuite, lui suggère  de la revoir pour mettre leur couple à l’épreuve de la « modernité ».  Le  galant ne résistera pas à la tentation se jetant ainsi dans  une incroyable aventure.  De là, le récit nous emporte dans des   péripéties improbables, surprenantes, loufoques qui nous conduisent  bientôt jusqu’à l’Elysée ! Quant à la morale de l’affaire,  elle ne se situe pas là où on l’attend et sa chute, en un joli retournement  de situation, troublera avec  délice le spectateur. D’ailleurs  les chutes abondent, fort belles,  dans ce film où l’occasion  de tomber, littéralement,  de haut ne manque pas !<span id="more-982"></span></p>
<p align="justify">La séquence centrale de cette comédie se déroule dans une fête qui  n’est pas sans rappeler, intentionnellement d’ailleurs, celle du  film de Blake Edwards, <em>The Party</em>. Mouret salue de toute évidence  ses maîtres, construisant son film en tableaux qui recèlent d’innombrables   gags nés tantôt des accessoires, du décor  ou de l’espace (l’ascenseur,  les w.c…) , des situations  (la main coincée dans un vase, le  rideau pris dans la fermeture de la braguette, la rencontre avec le  Président, celle avec la soubrette …), des personnages (la star de  la pop, les sœurs de la soubrette) &#8230; Quant à l’épopée érotique  dont rêvait le héros, elle prend les reflets d’un cauchemar qui  traverse différents univers sociaux.</p>
<p align="justify">Là  où un autre réalisateur sombrerait dans le pire des vaudevilles, Mouret brode joyeusement les motifs d’un imbroglio  inventif, ne force  jamais le trait, privilégie l’écriture allusive et livre un film  subtil. <em>Fais-moi plaisir </em>dépasse la veine cocasse de ses deux premiers films (<em>Changement d`adresse</em>, <em> Un Baiser s’il vous plaît) </em> et entre allégrement dans celle du&lt; franc burlesque. Pour &lt; notre plaisir.</p>
<p align="justify">Laura Laufer</p>
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		<title>« Un pays à l’aube » : le bruit et la fureur de l’Amérique.</title>
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		<pubDate>Wed, 27 May 2009 00:13:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Un pays à l’aube » disponible aux éditions Rivages. Auteur de polars consacré, avec des titres comme Mystic River (1) ou Shutter Island, Dennis Lehane s’attaque, dans son dernier roman, au genre historique. « Un pays à l’aube » est une fresque retraçant l’histoire de Boston à la fin de la première guerre mondiale et dans l’immédiat après-guerre. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/05/un-pays-avant-laube.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-639" style="margin: 10px;" title="un-pays-avant-laube" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/05/un-pays-avant-laube.jpg" alt="un-pays-avant-laube" width="199" height="298" /></a>« Un pays à l’aube » disponible  aux éditions Rivages.</p>
<p style="text-align: justify;">Auteur de polars consacré,  avec des titres comme Mystic River (1) ou Shutter Island, <strong>Dennis Lehane  s’attaque, dans son dernier roman</strong>, au genre historique. « Un pays  à l’aube » est une fresque retraçant l’histoire de Boston à la  fin de la première guerre mondiale et dans l’immédiat après-guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux personnages centraux  sont un flic irlandais (Coughlin), successeur désigné de son père  à la tête des forces spéciales du Boston Police Department. L’autre  un trimardeur noir (Luther), obligé de fuir une vendetta dans l’ouest  du pays et devenu homme à tout faire dans la maison familiale des Coughlin.</p>
<p style="text-align: justify;">Une amitié improbable va se  nouer entre ces deux personnages qui ont leurs répondants féminins.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un roman foisonnant,  aux accents parfois épiques (les scènes d’émeutes à Boston pourraient  figurer dans une anthologie), reposant sur une documentation historique   solide (l’historien du mouvement ouvrier nord-américain Howard Zinn  est un des contributeurs).<span id="more-638"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Lehane nous emmène ainsi dans  les réunions tumultueuses des groupes radicaux des IWW (2), animés par  les tout récents immigrants d’Europe de l’Est ou du Sud. Un mouvement  syndical particulièrement combatif  dont les figures de proue  sont John Reed le bolchevik (qui apparaît brièvement) ou Emma Goldman  la dirigeante anarchiste. Les cercles ouvriers sont en butte à une  répression d’une brutalité sans nom (Jack London l’a décrite  sous une forme anticipatoire dans son Talon de fer) de la part des forces  de police épaulées par la Mafia et les « privés » de l’agence Pinkerton.</p>
<p style="text-align: justify;">Boston, la ville de Lehane,  nous est restituée dans le détail, métropole industrielle touchée  par la récession de 1919 et ravagée comme tout le pays par la terrible  épidémie de « grippe espagnole » importée par les troupes de retour  d’Europe. Le héros Luther Laurence est le protagoniste de l’autre  guerre de classe américaine qui met aux prises la communauté noire  avec une société imbibée de racisme, dans laquelle le lynchage est  monnaie courante.</p>
<p style="text-align: justify;">Babe Ruth, star adulée du  base-ball et des Sox de Boston est le témoin naïf et comme l’incarnation  de ce qu’il reste du rêve américain ; lui  sait qu’au moins  un joueur lui est supérieur dans le lancer, Luther le « nègre » (3)  que Lehane lui fait rencontrer au début du livre.</p>
<p style="text-align: justify;">Un roman passionnant donc qui  contribue à sa façon à la connaissance de « l’autre Amérique ».</p>
<p style="text-align: justify;">DL</p>
<p style="text-align: justify;">(1) Adapté par Clint Eastwood  au cinéma</p>
<p style="text-align: justify;">(2) International Workers of  the World, Travailleurs unis du monde, surnommés les Wobblies</p>
<p style="text-align: justify;">(3) Les afro-américains n’ont  pas le droit à l’époque de jouer dans les équipes de la Major League</p>
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		<title>L’idiot de Pierre Léon</title>
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		<pubDate>Sun, 24 May 2009 23:42:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’idiot de Pierre Léon Avec Jeanne Balibar, Sylvie Testud, Bernard Eisenschitz, Vladimir Léon Un beau film et un espoir. De L’Idiot, roman complexe et foisonnant, Pierre Léon porte à l’écran cet épisode clef de l’anniversaire de Nastassia Philippovna qui clôt la première partie de l’oeuvre de Dostoïevski.  Au cours de cette soirée, chaque homme est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/05/l-idiot.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-627" style="margin: 10px;" title="l-idiot" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/05/l-idiot.jpg" alt="l-idiot" width="168" height="232" /></a>L’idiot </em>de Pierre Léon</strong><br />
Avec Jeanne Balibar, Sylvie Testud, Bernard Eisenschitz, Vladimir Léon</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un beau film et un espoir.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">De <em>L’Idiot</em>, roman complexe et foisonnant, Pierre Léon porte à l’écran cet épisode clef de l’anniversaire de Nastassia Philippovna qui clôt la première partie de l’oeuvre de Dostoïevski.  Au cours de cette soirée, chaque homme est convié à faire le récit de l’action la plus infâme de sa vie et Nastassia Philippovna, poussée par son amant Tostki à épouser Gania pour soixante quinze mille roubles, reprendra sa liberté pour suivre Rogogine.</p>
<p style="text-align: justify;">Par un beau travail d’épure, Pierre Léon se concentre sur l’essentiel,  qu’il s’agisse de l’évolution du drame, de la construction des personnages ou des décors, de la musique ou de la photographie. La structure dramatique de ce court film fonctionne aussi bien comme la tragédie en préparation dans cet épisode de ce qui fera le corps du  roman, que comme un drame d’une violence inouïe, où tout se joue et se résout devant nous. La mise en scène a su trouver la juste distance, la science de l’organisation d’un espace limité et un bel accompagnement du mouvement des corps, des regards et de la parole, tous magnifiquement portés par les acteurs. <span id="more-626"></span>Les femmes d’abord, Sylvie Testud (Daria Alexeievna) et Jeanne Balibar. Cette dernière incarne une Nastassia tour à tour rieuse et sombre, nerveuse et alanguie, passionnée et indifférente, fière et familière,  sensuelle et froide dont  la voix suave peut s’emballer soudain sur des paroles au rythme effréné. Jeanne Balibar joue admirablement ces mutations spontanées si caractéristiques des personnages dostoïevskiens au  tempérament capricieux.  Calme avant la tempête, sa colère d’irritable devient tyrannique. Quant aux hommes, il y a là aussi une belle galerie de portraits.  Voyez Serge Bozon, pâle et crispé autant que l’exige son personnage de Gania et -ô délice!-Bernard Eisenschitz  qui campe un succulent Totski, ce bourgeois  revenu de presque  tout qui largue sa maîtresse Nastassia et dont le petit sourire ironique de témoin blasé fait également merveille.</p>
<p style="text-align: justify;">La  fidélité à l’action de cet épisode  de l’anniversaire de Nastassia Philippovna se retrouve aussi dans la mise en scène de ces incroyables jeux de tension où ce qu’il y a de pire et de plus bas en l’homme peut devenir soudain le meilleur et le plus élevé, où  l’abject côtoie le sublime, où l’homme ne cesse de se défier lui-même.  Et c’est  toute la vérité intérieure des personnages de cette société pétersbourgeoise qu’ont voit ici  mêlant le riche bourgeois, l’ancien militaire, le petit fonctionnaire, le  déclassé, autant de  protagonistes moulés dans le plus bel artifice de la représentation sociale, sans oublier la belle figure retenue &#8211; peut- être un peu trop, à mon goût &#8211; du Prince (Mychkine, Laurent Lacotte). Et  c’est un beau scandale en huis-clos qui éclate dans ce salon, coup d’éclat tout entier orchestré par  Nastassia Philippovna lanceuse des cartes et meneuse du jeu.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise en scène  de Pierre Léon possède une intelligence cinématographique qui tire un beau parti d’un espace limité rappelant qu’il est possible de faire un cinéma riche en étant pauvre &#8211; l’inverse n’étant le plus souvent pas vrai !-.</p>
<p style="text-align: justify;">La tonalité d’ensemble passe de la légèreté à la gravité,du statique au dynamisme  -je pense aussi à l’irruption soudaine du  « ballet » de quelques Mods bruyants échappés du film de son compère et ici, acteur, Serge Bozon&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin saluons tout à la fois la clarté et la concision du propos, la précision du montage. Quant à  la photo de Thomas Favel pour son beau travail du noir et du blanc et  sa très belle gamme des gris , elle provoque un réel plaisir de l’œil.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet {Idiot} de Pierre Léon apporte une bonne  nouvelle et un souhait. La première est que ce film est vraiment  beau.  Le deuxième vient de ce que ce court film de long métrage, qui se suffit pourtant à lui-même, provoque le désir d&#8217;en voir une  suite  par épisodes. Une telle perspective serait d’ailleurs  fidèle à l’esprit du  roman, paru à l’origine en plusieurs livraisons et  réjouirait ceux qui aiment le cinéma  en leur promettant le plaisir d’un nouveau rendez-vous pour la redécouverte d’un récit  familier &#8211; à qui connaît le roman-  dans une forme nouvelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Formulons donc  l&#8217;espoir qu&#8217;une telle idée &#8211; ô combien stimulante!- puisse se concrétiser.<br />
Laura Laufer</p>
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		<title>L’opus américain de Bertrand Tavernier, « Dans la brume électrique ».</title>
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		<pubDate>Sat, 09 May 2009 19:15:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gauche Unitaire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En adaptant le roman de James Lee Burke, Tavernier a voulu relever le défi d’une création in situ, en Louisiane, d’un film entièrement « américain » tant par sa composition, ses acteurs,  son tempo de film noir. La production et les capitaux sont de surcroît autochtones, deux versions ont été montées l’une pour le marché [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/05/danslabrumelelectrique.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-538" style="margin: 10px;" title="danslabrumelelectrique" src="http://www.gauche-unitaire.fr/wp-content/uploads/2009/05/danslabrumelelectrique.jpg" alt="danslabrumelelectrique" width="196" height="262" /></a>En adaptant le roman de James Lee Burke, Tavernier a voulu relever le défi d’une création in situ, en Louisiane, d’un film entièrement « américain » tant par sa composition, ses acteurs,  son tempo de film noir. La production et les capitaux sont de surcroît autochtones, deux versions ont été montées l’une pour le marché européen, l’autre pour le public d’outre-Atlantique, raccourcie de quinze minutes.<br />
La réussite nous semble totale, la carrure de Tommy Lee Jones, dans le rôle du policier Robicheaux, adhérent des AA (1) n’étant pas étrangère à la fascination produite par ce « film du bayou ». Chaque action est comme happée, engluée par la chaleur moite des marais cajuns, qui recèlent, comme les différentes histoires entremêlées du scénario le suggèrent, de terribles  secrets.<br />
La violence des scènes de bagarres ou de punitions est sans fioritures, on retrouve un autre fort acteur du cinéma indépendant américain, le truculent John Goodman (2), ici bien inquiétant en chef mafieux qui fait sa pelote en détournant les fonds destinés à la reconstruction  post-Katrina (3).<br />
Robicheaux est le héros récurrent des romans louisianais de Burke, un flic évidemment atypique, torturé par le remords, attentif aux perdants de la vie, toujours au bord de la rechute alcoolique. Un frère de sang des nombreux « dirty cops » de la riche littérature policière américaine.<span id="more-537"></span><br />
Plus faible nous a semblée l’histoire parallèle des fantômes de la guerre de sécession qui hantent le bayou tels des spectres, plaquée sur les autres intrigues.<br />
On appréciera la contribution du bluesman Buddy Guy dans un rôle façonné à sa taille, l’outsider Robicheaux  est en effet, cohérent jusqu’au bout, proche des parias noirs du Sud profond.<br />
Les amateurs de Tavernier, de Coup de torchon à l’Appât, ne peuvent pas bouder leur envie d’aller voir ce grand film noir et sudiste (au sens de JL Burke).<br />
DL</p>
<p>(1) Alcooliques Anonymes<br />
(2) Vu par exemple dans l’extraordinaire et hilarant The Big Lebowski des frères Coen.<br />
(3) L’ouragan de 2005, prétexte à une offensive renouvelée pour tenter d’évincer définitivement les pauvres du centre de la Nouvelle Orléans. Lire à ce propos Naomi Klein « La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre ».</p>
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