Il est tant de sujets graves qui agitent cette rentrée, jusqu’au vertige, que l’engagement militaire français en Afghanistan paraît à l’écart des préoccupations politiques.
Malgré la mort de deux nouveaux soldats, malgré la prise en otage depuis neuf mois de deux journalistes , Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, malgré le retrait annoncé ou en cours de contingents de certains membres de l’alliance, malgré les débats fort orageux qui se développent aux États-Unis quant à l’impasse dans laquelle cette dernière se voit engagée et à propos des graves ambiguïtés de l’allié pakistanais… Ici, en France, on se contente de phrases creuses. Telle celle venant de l’état-major des armées à propos des soldats récemment tués : « La multiplication des opérations, et donc des accrochages, entraîne la multiplication des victimes » (in Le Monde du 25 août 2010).
C’est dans le cadre discret de la Conférence des ambassadeurs, dominée par les soucis plus prosaïques de l’affaiblissement des moyens alloués au Quai d’Orsay, que Nicolas Sarkozy a confirmé : « En Afghanistan, la France restera le temps qu’il faudra ».
Donc, circulez !, rien à justifier ou même expliquer…
Il est vrai que du côté de l’opposition socialiste, – hormis Paul Quilès, ex-ministre de la défense, qui appelle à « sortir du bourbier » – on n’entend guère que silences et prudences.
Donc les actuels 3750 soldats français présents en Afghanistan sont appelés à y rester « le temps qu’il faudra ».
David Petraeus, commandant des forces internationales en Afghanistan, annonce que de « rudes combats » sont à prévoir dans les prochaines semaines.
Il convient de porter un coup d’arrêt à l’ensemble de la politique de Sarkozy, y compris à la participation de la France à la guerre en Afghanistan !
Les journées d’été d’Europe Écologie qui se sont déroulées la semaine dernière à Nantes ont marqué un tournant important dans la consolidation du mouvement initié il y a deux ans. Dans la situation politique actuelle, la dynamique d’Europe Écologie constitue d’une certaine façon une tentative d’ouvrir une nouvelle voie à gauche, alors que la crise de perspective à gauche n’a cessé de s’accentuer ces dernières années. Europe Écologie a occupé partiellement un vide après l’émiettement de la gauche antilibérale en 2007.
Ce rassemblement est par ailleurs confronté à des contradictions que l’on a retrouvé ou que l’on retrouve dans d’autres démarches de renouvellement de l’offre politique : le décalage entre le poids électoral (entre 13 et 15%) et le nombre de forces organisés (9000 adhérents recensés à Europe Écologie), la contradiction entre la dynamique du rassemblement et l’existence de partis qui ont une histoire plus longue (même si celle des Verts est relativement récente), le poids démesuré de la représentation médiatique avec le lancement –sans aucun choix démocratique des adhérents d’EE, mais avec le concours d’institut de sondage comme Opinion Way – de la candidature d’Eva Joly…
Mais le paradoxe d’Europe Écologie est que ce rassemblement constitue, pour des milliers d’hommes et de femmes qui se sont engagés dans ce cadre, une tentative de répondre à la crise de la gauche, sans se définir de façon forte, dans son identité, comme un mouvement qui s’inscrit pleinement dans l’histoire de la gauche. Europe Écologie joue ainsi également un rôle d’accélérateur et d’approfondissement de la crise à gauche. Les journées de Nantes ont constitué une étape significative en ce sens.
Le débat sur la structuration d’Europe Écologie doit être tranché en novembre 2010 aux journées organisées à Lyon. Ce débat entre mouvement, parti, coopérative, réseaux…etc… n’est pas simplement organisationnel. C’est ce que résument explicitement Patrick Farbiaz et Yves Contassot dans la synthèse d’un rapport réalisé pour les conférences régionales d’Europe Ecologie en mai 2010 : « La question de la double appartenance pose en réalité celle des contours de la famille écologiste à rassembler. Nous devons choisir, si nous estimons que les mouvements écologistes qui sont encore à l’extérieur d’Europe Écologie comme le MEI ou Cap 21 sont susceptibles d’être parties prenantes du rassemblement. Cela se pose aussi pour les mouvements qui font de l’écologie politique une partie de leur projet sans qu’elle en forme la vision d’ensemble : FASE, Association des Communistes Unitaires, Alternatifs… la même option se pose pour d’éventuels départs groupés vers EE de militants du PS ou du Modem. » (Cahier des débats n°1 préparatoire aux assises constituantes de l’Écologie politique) L’intégration de mouvement venu du centre droit, comme Cap 21 de Corinne Lepage qui est déterminé à forcer la porte d’Europe Écologie, n’est pas une question mineure car elle implique la pertinence du clivage gauche – droite dans l’identité du rassemblement. Dans le même document, Farbiaz et Contassot explicitent les enjeux politiques : « Pour certains l’importance de situer et même d’ancrer ce mouvement à gauche dans le respect de l’autonomie des écologistes et d’identifier clairement nos adversaires et nos partenaires est décisif. Pour d’autres, l’écologie ne se situe ni à droite ni à gauche ou à droite et à gauche. » L’épisode « Rama Yade », suscité par la tentative de Cohn Bendit d’inviter aux journées d’Europe Écologie la ministre de Sarkozy, constitue une tentative de pousser encore plus loin l’ouverture à droite. Faut il sur le moyen terme élargir Europe Écologie uniquement aux courants écologistes de droite – comme Corinne Lepage – ou bien à toutes les personnalités qui se situent moins à droite que Sarkozy (comme Rama Yade, Bayrou et autres Villepinistes en déshérence…) ?
Car sur le fond, le socle politique commun d’Europe Écologie a été largement défini dans « Le Manifeste » constitutif du rassemblement. Dans ce document, partis de gauche et de droite sont renvoyés dos à dos : « Quels que soient leurs référentiels idéologiques, les partis politiques dominants bégaient devant les défis du nouveau siècle. » car ils partagent une « matrice commune ». Matrice à laquelle Europe Écologie oppose la nécessité d’une « nouvelle régulation » en se revendiquant des « meilleures traditions humanistes », sans se référer à la gauche ni au mouvement ouvrier. La mise sur orbite de la candidature d’Eva Joly correspond logiquement à la concrétisation de cette orientation qui prône une régulation des excès du capitalisme, un réformisme éthique qui peut attirer à gauche comme à droite.
Avec cette orientation, que le dirigeant des Verts Jean Vincent Placé aura dû mal à repeindre en rouge en lui décernant l’étiquette « d’anticapitaliste », il y a un débat de fond, sérieux et argumenté, à avoir entre forces qui veulent construire une alternative à Sarkozy. C’est ce débat que le Front de Gauche aurait vocation à susciter dans les prochains mois, notamment à travers le développement de sa plate forme partagée.
Comment s’attaquer aux paradis fiscaux et à la spéculation financière sans démanteler l’architecture du système financier actuel ? Comment enrayer les ravages du système actuel sans créer un pôle bancaire public qui suppose l’appropriation public des banques privées ? Comment sortir de la marchandisation des êtres humains qui sont réduits au rôle de variable d’ajustements sans interdire les licenciements dans les entreprises qui font des profits ? Comment défendre les services publics et en créer de nouveaux sans imposer une autre construction européenne que celle du Traité de Lisbonne ? Ce sont toutes ces questions, et bien d’autres…, qu’il y a urgence à discuter entre forces de gauche pour ouvrir la voie à une véritable alternative.
Il y a 70 ans, à Mexico, Léon Trotsky tombait sous les coups d’un agent de Staline, Ramon Mercader. Leader de la Révolution russe aux côtés de Lénine, il était la haute figure de l’Opposition de gauche au stalinisme qui présidait alors aux destinées de l’Union soviétique et dominait le mouvement communiste international. C’est autour de lui, après son exil, que se regroupèrent ces milliers de militantes et de militants qui, souvent au péril de leur vie, s’employèrent à sauver l’idéal socialiste et communiste du cancer bureaucratique et totalitaire qui était en train d’anéantir la force propulsive d’Octobre 17. Ce qui les amena, face aux périls qui s’accumulaient sur la planète et aux menaces de guerre qu’ils pressentaient, à fonder la IV° Internationale en 1938.
Même s’ils ne se rattachent pas à la tradition « trotskyste », celles et ceux qui entendent aujourd’hui travailler à la renaissance d’une perspective d’émancipation humaine à vocation majoritaire trouveront, dans les principales réflexions de Léon Trotsky à l’époque où, selon les mots de Victor Serge, « il était minuit dans le siècle », un apport essentiel à leur propre combat : le refus obstiné de toutes les barbaries, qui l’amènera à s’opposer à ces « étoiles jumelles » qu’étaient alors le nazisme et le stalinisme ; la conviction, qu’il consignera dans La Révolution trahie, que la transformation sociale passait, non par une restriction des libertés fondamentales, mais au contraire par une démocratie poussée jusqu’au bout ; la détermination à récuser toute aliénation de l’indépendance du mouvement ouvrier face aux classes possédantes ; l’engagement internationaliste, fondé sur l’idée cardinale que la construction du socialisme ne pouvait s’opérer dans un seul pays…
Nous voulions marquer cet anniversaire. Non par goût des commémorations, des vénérations ou des célébrations dogmatiques. Mais parce que la démarche qui nous anime, celle qui vise à faire renaître un projet porteur d’espoir à gauche, exige de renouer le fil d’une mémoire des combats passés au service d’un monde débarrassé de l’exploitation et de l’oppression.
« Le procès intenté contre moi par Staline est fondé sur de faux aveux extorqués par de nouvelles méthodes d’inquisition pour servir les intérêts de la clique au pouvoir. Aucun crime dans l’histoire n’est plus terrible, dans l’intention et l’exécution, que les procès contre Zinoviev, Kamenev, Radek et Piatakov. Ces procès ne sont l’œuvre ni du communisme ni du socialisme, mais du stalinisme, c’est à dire du despotisme irresponsable des bureaucrates. Mais ma tâche principale n’est pas de révéler la vérité, de démontrer que les véritables criminels se cachent derrière nos accusateurs. Mon prochain objectif est le suivant : la création, au niveau américain, européen et enfin international, d’une commission d’enquête composée de personnes jouissant d’une autorité incontestable et de la confiance de la population. Je m’engage à présenter à cette commission tous mes dossiers, des milliers de lettres personnelles ou non, qui se font l’écho de mes pensées et de mes actes, jour après jour, sans rien dissimuler. Je n’ai rien à cacher. Des dizaines de témoins à l’étranger possèdent des informations et des documents précieux qui permettront de faire toute la lumière sur cette machination. Les travaux de la commission d’enquête doivent aboutir à la tenue d’un contre-procès. Ce dernier est nécessaire pour mettre un terme aux mensonges, aux calomnies, aux falsifications et aux coups montés fomentés par la police de Staline, la Guépéou. Celle-ci, désormais, ne vaut pas mieux que la Gestapo. »
Signez l’appel en ligne !
Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.
Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires. Ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.
La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».
Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.
Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.
Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.
Pour signer l’appel c’est ici
Communiqué commun
Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite.
Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.
En quelques jours, les plus hautes autorités de l’Etat sont passées de l’exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers.
Il ne s’agit plus du débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, mais bien d’une volonté de désigner comme a priori dangereuses des millions de personnes à raison de leur origine ou de leur situation sociale. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique n’a reçu mandat de violer les principes les plus élémentaires sur lesquels la République s’est construite.
Parce que le seuil ainsi franchi nous inquiète pour l’avenir de tous, nous, organisations associatives, syndicales et politiques diverses mais qui avons en commun l’attachement aux principes fondamentaux de la République laïque, démocratique et sociale, rappelons avec force que l’article 1er de la Constitution « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion », et que toutes propositions qui méconnaîtraient cette règle fondatrice de la démocratie constituent une atteinte à la paix civile.
Nous n’accepterons sous aucun prétexte que le nécessaire respect de l’ordre public soit utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires.
Nous appelons donc l’ensemble des citoyens de ce pays à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discrimination et aux logiques de « guerre » qui menacent le vivre ensemble. A cet effet, nous proposerons dans les prochains jours à la signature en ligne un « Appel citoyen » refusant toute politique de la peur ou de la haine. Et nous appelons à un grand rassemblement citoyen à l’occasion du 140e anniversaire de la République, le samedi 4 septembre Place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun.
Signataires : AC ! Agir ensemble contre le chômage, Les Alternatifs, Les amoureux au banc public, Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM), Association France Palestine Solidarité (AFPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des Gens du voyage catholiques (ANGVC), Association républicaine des anciens combattants (ARAC), ATTAC, Autremonde, Cedetim, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), La Confédération Paysanne, La Cimade, Le Cran, Droit au logement (DAL), Emmaüs France, Europe Ecologie, Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), Fédération SUD Education, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), FNASAT-Gens du voyage, Fondation Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), Les Jeunes Verts, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’enseignement, Marches européennes, Médecins du Monde, Le Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), le Parti communiste français (PCF), le Parti de Gauche, le Parti socialiste (PS), Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RAIDH), Réseau Education Sans Frontière (RESF), SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM), Union syndicale Solidaires, Les Verts.
Prenant prétexte des violences intervenues à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), Sarkozy a choisi une fois de plus de faire des Rroms et des Gens du voyage des boucs émissaires. Quel est le but recherché si ce n’est de désigner de façon raciste une catégorie de la population à la vindicte populaire ?
Il se permet d’annoncer l’expulsion, de tous les campements en situation irrégulière.
Or, cela fait plus de vingt ans que la première loi Louis Besson de 1990, suivie d’une seconde dix ans plus tard, impose aux communes la réalisation d’aires d’accueil et de stationnement pour les Gens du voyage a été votée. Pourtant celles-ci ne sont toujours pas vraiment appliquée puisqu’à peine la moitié des places prévues ont été créées. Les personnes vivant en caravane sont souvent contraintes de s’installer là où elles le peuvent, faute de possibilités régulières. Les premiers responsables sont les municipalités qui ne respectent pas leurs obligations légales, et les préfets qui ne les y contraignent pas, alors que la loi le prévoit. Lire la suite