
Ce début de l’année permet surtout de prendre la mesure des évènements qui ont marqué celle qui vient de s’achever. En un an, ce qui paraissait impossible s’est imposé comme une évidence dans le paysage. C’est d’abord l’extraordinaire mouvement du printemps des peuples arabes qui a éclaté au mois de janvier, avec la chute de Ben Ali, puis de Moubarak et le développement des processus révolutionnaires, des mobilisations populaires massives dans la plupart des pays arabes.
La période où ces régimes dictatoriaux apparaissaient solidement ancrés et pouvant se perpétuer sans fin apparaît maintenant tellement lointaine… Même le très sérieux « Times magazine » n’a pu que constater que le titre « d’Homme de l’année 2011 » devait être décerné au « Manifestant »… La force de ces évènements, dont l’écho se fait sentir bien au-delà des pays arabes comme on l’a vu en Israël ou encore aujourd’hui en Russie, vient du fait qu’ils sont porteurs d’une vérité essentielle, mais tellement enfouie sous le poids du fatalisme dominant, de la démoralisation et de la passivité : ce sont les peuples qui font l’histoire, qui écrivent leur destin.
La leçon vaut également pour une Union Européenne qui est confrontée à une des crises les plus graves de son existence. Les gouvernements libéraux, avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à leur tête, sont déterminés à saisir le prétexte de la crise pour imposer une régression sociale sans précédent. Le « pacte euro plus », dès le mois de mai 2010, en définissait les grandes lignes et les objectifs politiques : flexibilisation du marché du travail – autrement dit développement massif de la précarité – baisse des salaires et des retraites, libéralisation de services publics, remise en cause de la protection sociale, etc. Maintenant, ils mettent à l’ordre du jour un nouveau traité qui entend corseter encore d’avantage la vie démocratique des pays de l’Union et priver les peuples de toute souveraineté budgétaire. La brutalité de cette politique est telle qu’elle est susceptible de briser l’échafaudage européen alors que la population est soumise de force à la rigueur tandis que la spéculation des banques et de la finance continue de plus belle.
Mais les peuples n’ont pas dit leur dernier mot. Au cours des dernières années, de la mobilisation des salariés français pour défendre la retraite à 60 ans aux mouvements des indignés qui ont émergés en Espagne, au Portugal en passant par les multiples grèves générales en Italie ou en Grèce, toute l’Europe est traversé d’un profond mouvement de contestation du libéralisme. En France, Nicolas Sarkozy vient certainement de faire les vœux les plus glauques de l’ensemble de son mandat en prônant une « politique de la résignation ». Son volontarisme pour imposer la « TVA sociale » est une véritable fuite en avant dans l’appauvrissement des classes populaires et une attaque frontale contre le financement de la Sécurité Sociale. Alors que les créations d’emploi qui sont censées en résulter sont bien improbables, cette mesure est surtout un nouveau signal envers les marchés financiers et les agences de notations qui réclament au gouvernement de renforcer la lutte contre les déficits publics. Déjà en 2010, Sarkozy avait imposé la réforme de retraites – non prévue initialement – qui avait été ouvertement mise en œuvre pour préserver le triple A de la France. Cette année il a réussi le tour de force, dans un discours de seulement une dizaine de minutes, de dénoncer les agences de notation et de proposer avant tout de satisfaire leurs exigences !
Il est temps que cette mascarade se termine. Les prochaines échéances présidentielles et législatives de mai et juin 2012 doivent marquer la fin du règne de cette droite sinistre qui nous mène dans le mur. L’espoir réside dans la capacité du peuple à s’insurger contre cette dictature des banques et de la finance.
Ce début d’année doit être celui du sursaut à gauche pour mobiliser les classes populaires sans lesquelles il n’y a pas de victoire possible. C’est ce à quoi travaille le Front de Gauche, dans la large dynamique de campagne qu’il a initié, avec son candidat Jean Luc Mélenchon, le lancement des Assemblées Citoyennes et la démultiplication des initiatives, de débat, d’échange qui constituent le travail souterrain, invisible, prolongé qui peut permettre de changer la donne. Pour Gauche Unitaire, c’est la priorité de l’année qui s’ouvre.

