Couvre-feu pour les mineurs de 13 ans : la chasse à l’enfant est ouverte !

Une société qui a peur de sa jeunesse condamne son avenir

Couvre-feu pour les mineurs de 13 ans : la chasse à l’enfant est ouverte !

Après avoir modifié cinq ou six fois la législation depuis 2002, toujours en la durcissant et en s’attaquant chaque fois un peu plus aux libertés individuelles et collectives des citoyens, le gouvernement a mis sur la table un nouveau projet de loi, dit LOPPSI 2, dont l’une des dispositions, le « couvre-feu » à l’encontre des mineurs de 13 ans, vient d’être votée par l’Assemblée nationale.

Il s’agit de donner aux Préfets la possibilité d’établir ce « couvre-feu », en faisant raccompagner chez eux par la police les enfants de moins de 13 ans circulant seuls entre 23h et 6h du matin, dès lors que « leur présence sur la voie publique durant la nuit les exposerait à un risque manifeste pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité ». Les parents auraient à payer une amende de 11 euros et pourraient se voir retirer certaines aides municipales. En cas de récidive, ils pourraient s’exposer à des poursuites.

Après  « l’état d’urgence » apparu en 2005, voici le « couvre-feu » ! Nos rues seraient-elles donc, dès la nuit tombée, envahies de hordes d’enfants de moins de treize ans, qu’il nous faille déclarer la guerre et aller jusqu’à légiférer sur cette question ?

Pourtant, la municipalité  de Nice, toujours zélée en la matière et qui a instauré ce « couvre-feu » depuis trois mois déjà, reconnaît qu’elle n’a eu à ce jour à raccompagner… aucun enfant chez lui !

A quelques semaines des élections régionales, alors que le gouvernement, malmené par les sondages, joue une nouvelle fois sur la corde sécuritaire pour tenter de rallier des voix, on peut considérer qu’il s’agit simplement d’un effet d’annonce, et que pour quelques exceptions, une loi en bonne et due forme ne s’imposait pas.

Quel effet aura t-elle, d’ailleurs, sur ces exceptions ? Il est vrai que la présence d’enfants de moins de 13 ans seuls, la nuit, dans les rues, peut potentiellement les exposer à un danger physique ou moral et être révélateur d’un dysfonctionnement familial. Généralement, d’aussi jeunes enfants livrés à eux-mêmes sont déjà connus des services sociaux. Et qui pourrait croire que les problèmes existant au sein de la famille vont se régler à coup d’amendes de 11 euros, ou en réduisant encore davantage les revenus de parents qui se débattent déjà souvent dans des problèmes matériels insurmontables ?

Aujourd’hui, ce qui menace concrètement un nombre important d’enfants de moins de 13 ans, ce n’est pas de se promener seuls la nuit : c’est de ne pas pouvoir manger à leur faim, de vivre sans chauffage en plein hiver ou même sans toit, de ne pas pouvoir se soigner correctement, parce que leurs parents sont au chômage, au RSA, en fin de droits ; c’est pour quelques-uns de vivre sans leurs parents, suicidés au travail ou reconduits à la frontière ; c’est de ne pas pouvoir bénéficier d’une aide éducative quand ils en auraient besoin parce que les gouvernements successifs ont bradé les politiques de prévention au profit de dispositifs purement répressifs…

Aujourd’hui, on supprime des milliers de postes d’enseignants, d’assistants sociaux, d’éducateurs, mais on construit toujours plus d’établissements pénitentiaires pour mineurs !

Cependant, au-delà  de l’effet d’annonce, le gouvernement continue avec de telles lois à distiller une peur anti-jeunes, irrationnelle, mais qui permet de justifier les mesures répressives qui se succèdent. Alors qu’il feint de s’émouvoir, par exemple, des conditions de garde à vue, il a dans les faits élargi et durci ces conditions pour les mineurs de 10 à 18 ans (lois Perben 1 et 2 de 2002 et 2004) et a fait adopter, dans la foulée, de nombreuses dispositions législatives liberticides. La généralisation de la vidéo surveillance, les lois anti-rassemblements, la mise en place du ficher EDVIGE ou de BASE ELEVES sont autant d’atteintes à nos libertés et autant de dangers pour la démocratie.

La plus grande violence, aujourd’hui, ne vient pas des « banlieues », mais des politiques ultra-libérales. Les choix économiques qui sont faits laissent délibérément sur le côté de la route une frange de plus en plus importante de la population, enfoncent des quartiers entiers dans la pauvreté, plongent dans le désespoir toute une génération sacrifiée à qui on interdit toute perspective d’emploi, de logement, de vie décente, d’insertion sociale…

Ces « dégâts co-latéraux » du système capitaliste sont désormais parfaitement assumés par le gouvernement Sarkozy. Il ne s’agit même plus d’accompagner, de mettre des pansements sur les plaies sociales : désormais on humilie, on réprime, on punit, on enferme, on expulse…

Alors, s’il faut se battre, ce n’est pas contre nos enfants, contre la jeunesse, mais bien contre cette politique cynique qui ne sert que les intérêts de quelques-uns !

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