Nicolas Sarkozy, François Fillon et 8 membres du gouvernement, recevant à l’Elysée les organisations syndicales et patronales, ont tenu sommet social.
Prendre de la hauteur est opportun si l’on veut aborder sérieusement un ordre du jour qui devrait être chargé : la crise, l’emploi, le pouvoir d’achat, les services publics, le sort des centaines de milliers de chômeurs en fin de droits qui sont menacés de se voir privés de tout revenu fin 2010…
Las, on tombe de haut !
Du sommet, il ressort que Nicolas Sarkozy, sur les retraites, promet de pas « passer en force » !
Belle opération de communication présidentielle donc.
Contrairement à certaines craintes, et à certaines annonces, la nouvelle loi sur les retraites ne sera pas déposée en juillet, comme le voulaient certains ministres et conseillers, mais… à la rentrée. Ce qui laisse tout le temps (sic) à la concertation. Le Président veut « un débat approfondi, qui ne s’enlise pas, qui ne s’éternise pas, mais qui prendra le temps qu’il faut ».
Le temps de quoi ?
D’un scénario rodé de longue date, qui est celui du diagnostic partagé.
Tout le monde est d’accord pour constater qu’on vit de plus en plus vieux (la démographie, c’est scientifique), que le chômage ne décroît pas (avec la crise le contraire est fatal ), que les jeunes entrent de plus en plus tard sur le marché du travail, que ce même marché du travail continue à écarter les seniors bien avant leur 60 ans (âge moyen de la cessation d’activité : 58 ans ; à 60 ans, 40% des salariés sont hors activité, au chômage, en maladie, en invalidité…).
Donc il est évident que les dépenses du système de retraites sont appelées à croître. Qui pourrait le contester ?
Ledit diagnostic partagé n’a pas à prendre en compte l’élévation de la productivité du travail. Réalité qui fait qu’on peut travailler plus, et s’user davantage, malgré la diminution du temps de travail, y compris à l’échelle d’une vie, et qui conduit à accroître le temps de formation des jeunes, et souvent à écarter les anciens. Les discussions auxquelles on s’était engagé sur la pénibilité du travail et sur l’emploi des seniors sont systématiquement reportées…
Quant à la question du partage des richesses, ce serait franchement indécent de l’évoquer dès lors qu’on est dans la concertation !
Puisqu’il est inconcevable d’envisager l’augmentation des cotisations – le patronat dit NON ! -, de remettre en cause les exonérations de cotisations – le patronat dit NON ! -, la taxation des richesses indues (stock options, intéressement, participation…) – les riches disent NON !-, à quelles mesures recourir ?
C’est évident : l’augmentation du nombre d’annuités nécessaires pour une pension à taux plein, et le recul de l’âge du droit à la retraite en faisant sauter le verrou des 60 ans. C’est-à-dire, par divers biais, continuer à baisser les pensions, ce qui frappe dramatiquement les plus fragiles : les femmes, les métiers les plus pénibles, les jeunes actuellement en formation… Objectif : accélérer ce mouvement déjà bien engagé d’appauvrissement des retraités et du salariat en général.
Concertation, comme aurait Zazie…
« On sait ce qu’il faut faire, avoue-t-on à l’Elysée. La seule question qui intéresse en fait les syndicats est le temps laissé à la concertation », lit-on dans Le Figaro. Dans le même article est attribué à un syndicaliste un propos selon lequel une commission, ou un comité des sages, serait une « piste intelligente, car personne ne perdrait la face ».
Le problème pour les salariés n’étant pas de perdre la face, mais bien le risque de subir une nouvelle défaite, espérons que la journée de mobilisation interprofessionnelle du 23 mars à laquelle appellent la CFDT, la CGT, la FSU, Solidaires et l’UNSA, ne bornera pas son ambition à « peser » sur les différents rendez-vous de concertation, mais engagera le vaste mouvement nécessaire pour faire reculer gouvernement et patronat.

