Les fonctionnaires français mesurent-ils leur chance d’avoir pour ministre Monsieur Eric Woerth – titulaire du ministère du Budget, des comptes publics et de la Fonction publique ? Lui qui n’a d’autre souci que de leur offrir de meilleures carrières, grâce à … la mobilité !
L’informatisation, certainement, et sans doute aussi l’impératif du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, se traduisent par la fusion de certains services et une suppression massive de postes. Donc il faut que les fonctionnaires, jusque-là protégés par le statut de la Fonction publique, qui leur assure la stabilité de l’emploi auquel ils ont accédé par concours, acceptent de… bouger ! Eric Woerth, ministre, a pour fonction d’y veiller. D’où le décret dit de mobilité des agents.
Dans Le Figaro, supplément économie du 11 février 2010, il explique précisément la chose : « Pour les fonctionnaires dont le poste a été supprimé, la loi «mobilité » oblige l’administration à leur faire trois vraies propositions et à les former s’ils en ont besoin, en maintenant l’intégralité de leur salaire. S’il les refuse, l’agent peut être placé en disponibilité, après avis de la commission administrative paritaire (CAP) où siègent les syndicats. Trois nouvelles offres lui sont faites. S’il les refuse encore, il pourra être licencié, après un nouveau passage en CAP. »
Que de précautions avant d’en arriver au mot qui fâche : licencié ! Croiront aux premières ceux qui veulent, tous sont prévenus : l’introduction à l’encontre des fonctionnaires de la possibilité du licenciement, non pour faute grave comme aujourd’hui, mais, demain, pour refus de… mobilité – un concept aussi incernable que menaçant.
Au regard de certains de ses collègues du gouvernement qui captent l’attention publique – les Besson et autres Hortefeux – le bon Monsieur Woerth souffre d’un déficit de notoriété. A tort ! Comment sous-estimer un homme qui joue à ce point cartes sur table : « Quant aux agents directement concernés par les réorganisations, certains éprouvent, c’est vrai, des inquiétudes. C’est normal car nous menons de vraies réformes ! ». Un homme qui se montre d’autant plus sensible aux inquiétudes des agents qu’il sait, lui, ce que leur réservent les vraies réformes de ce pouvoir qu’il sert avec tant de diligence et de compétence.

