« N’est-ce pas une méprise déplorable
que d’attacher aux événements
une importance qu’ils n’ont pas ? » (Chateaubriand).
Chateaubriand méditait à propos de l’assassinat du duc d’Enghien, sur décision de Bonaparte premier consul.
Autre chose que l’affaire Clearstream et le duel, comme dirait le Figaro, entre Sarkozy et Villepin !
Bonaparte, qui prit conseil de divers bords, jugea que la disparition de ce descendant de Louis XIV éclaircirait, au prix d’une tache de sang, la voie de son ascension vers le pouvoir absolu. Une bassesse criminelle qui lui parut servir l’instauration de sa grandeur impériale.
Pour Sarkozy, qui a assouvi son ambition de conquête du pouvoir, quelle importance revêt le fait que Villepin, son rival, apparaisse mêlé à une machination contre lui, dès lors que celle-ci est établie aux yeux de tous ?
Président, Sarkozy est investi du pouvoir suprême sur les institutions, justice comprise. Et il s’autorise à se faire plaignant à titre personnel. Les sensibles plateaux de la balance judiciaire ont tremblé du lancer d’un croc de boucher, et du lapsus qui avant tout verdict a permis de désigner, dans les médias du monde, les prévenus comme des coupables.
Et puisqu’au final les juges, en toute indépendance, ont relaxé Villepin, la même indépendance autorise le procureur à faire appel, pour relancer la machine judiciaire.
Qu’importe le trouble qui secoue les sphères de la justice, du pouvoir, et de l’UMP, ni les conséquences dans l’opinion.
La garde sarkozyste et Madame Première de France expliquent à tout va qu’elle s’en moque l’opinion, qu’elle a bien d’autres soucis…
Sans doute !
L’écho de la fusillade nocturne dans les fossés de Vincennes n’avait pas non plus franchi le périphérique. Mais la tache de sang a demeuré, et s’est étendue…
Parce que la méprise déplorable était symptôme, de la nature du régime naissant.
N’est-elle pas également symptomatique cette haine qui, ostensiblement, s’affiche, se révèle être motivation profonde des actes du pouvoir ? Sarkozy poursuit de sa haine le rival d’hier, qu’il craint retrouver demain sur le chemin d’un second mandat. En retour, la haine se lit dans les yeux de Villepin renvoyé au banc des accusés. Tout cela à propos d’une histoire de pouvoir et d’argent.
Tant de boues remuées ne sauraient rester contenues dans un prétoire. Il leur faut un plus vaste théâtre.
Après tout, les grands bouleversements se plaisent parfois à des signes annonciateurs prêtant à méprise…