A l’occasion de la sortie du film en DVD
La surprise des fans de Ken Loach a pu être conséquente en découvrant Looking for Eric. La dureté et la noirceur des ses récentes créations, traitant de la surexploitation des travailleurs clandestins (« It’s a free world ») « ) ou de la répression du mouvement national irlandais dans les années 1920 (« Le vent se lève ») ne laissaient pas prévoir ce dernier film.
L’apparition spectrale mais très réaliste d’Eric Cantona dans son propre rôle de héros retraité du football professionnel en est l’élément le plus spectaculaire (1) et divertissant. Celles et ceux qui n’auraient que peu de connivence avec l’idole de Manchester United pourront quand même apprécier sa prestation pleine de retenue : le personnage central étant bien le « working class heroe » Eric Bishop, postier de son état et divorcé dépressif.
Même dans un registre fantaisiste, Loach demeure un portraitiste fidèle et talentueux des communautés prolétaires anglaises : ici des postiers (de la banlieue de Manchester) unis fraternellement dans la ferveur du football et du pub. L’humour est bon enfant, la solidarité quotidienne réelle ; comme dans le chant mythique des supporters des Reds de Liverpool « you will never walk alone » (2) : toute la bande des vieux camarades est sur le pont pour dépanner Bishop et l’aider à sortir son beau-fils du mauvais pas dans lequel il se trouve.
En fait, la violence et le désespoir, si emblématiques de l’Angleterre thatchero-blairiste ne sont pas si loin. Le parcours du héros, « coaché » par Cantona, tendra à reconquérir son ancienne amoureuse, et par là, l’estime de soi.
Le film recèle à sa fin une désopilante scène à base de masques en carton-pâte et une séquence au générique d’une mémorable conférence de presse donnée réellement par le King Eric à l’époque de sa gloire, dans laquelle il est question de mouettes et de chalutier.
DL
(1) Les amateurs de ballon rond se régaleront de quelques morceaux choisis des prouesses du kakou de Manchester
(2) « tu ne marcheras jamais seul »

