Fais-moi plaisir !

faismoiplaisirFais-moi plaisir ! de et  avec Emmanuel Mouret, Frédérique Bel, Déborah François, Judith Godrèche.

Les films réalisés et joués par Emmanuel Mouret signent de nos jours ce qu’il y a de plus réjouissant dans le cinéma comique français. Mouret a créé un personnage  qui tient par son envie de séduire de l’Antoine Doinel de Truffaut, par son badinage savoureux des personnages des comédies de Rohmer et par sa propension à générer les situations absurdes comme à déchaîner les catastrophes de  ceux créés par Blake Edwards (Panthère rose ou l’Indien de La Party). Mouret construit de forts beaux gags, exercice qui exige rigueur et concision d’autant plus que dans Fais moi plaisir, nous sommes sur un sujet glissant.  Qu’on en juge : tout commence au lit avec un savant jeu de pieds  par lequel Jean – Jacques (Emmanuel Mouret)  exprime à sa compagne Ariane (Frédérique Bel) un désir érotique pressant que cette dernière éconduit. Ariane, capricieuse, exprimant bientôt sa  jalousie envers une inconnue (Judith Godrèche) dont la rencontre avec Jean-Jacques n’est pas que  fortuite, lui suggère de la revoir pour mettre leur couple à l’épreuve de la « modernité ». Le  galant ne résistera pas à la tentation se jetant ainsi dans une incroyable aventure.  De là, le récit nous emporte dans des  péripéties improbables, surprenantes, loufoques qui nous conduisent bientôt jusqu’à l’Elysée ! Quant à la morale de l’affaire, elle ne se situe pas là où on l’attend et sa chute, en un joli retournement de situation, troublera avec  délice le spectateur. D’ailleurs les chutes abondent, fort belles,  dans ce film où l’occasion de tomber, littéralement,  de haut ne manque pas !

La séquence centrale de cette comédie se déroule dans une fête qui n’est pas sans rappeler, intentionnellement d’ailleurs, celle du film de Blake Edwards, The Party. Mouret salue de toute évidence ses maîtres, construisant son film en tableaux qui recèlent d’innombrables  gags nés tantôt des accessoires, du décor ou de l’espace (l’ascenseur, les w.c…) , des situations  (la main coincée dans un vase, le rideau pris dans la fermeture de la braguette, la rencontre avec le Président, celle avec la soubrette …), des personnages (la star de la pop, les sœurs de la soubrette) … Quant à l’épopée érotique dont rêvait le héros, elle prend les reflets d’un cauchemar qui traverse différents univers sociaux.

Là  où un autre réalisateur sombrerait dans le pire des vaudevilles, Mouret brode joyeusement les motifs d’un imbroglio inventif, ne force jamais le trait, privilégie l’écriture allusive et livre un film subtil. Fais-moi plaisir dépasse la veine cocasse de ses deux premiers films (Changement d`adresse, Un Baiser s’il vous plaît) et entre allégrement dans celle du< franc burlesque. Pour < notre plaisir.

Laura Laufer

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