Film de Philippe Livret,
avec Firat Ayverdi, Audrey Dana, Vincent Lindon…
Calais ! Ses Sans-papiers, qui s’affrontent à tous les obstacles pour rejoindre l’Angleterre… La misère… Le sujet effraie. Pour l’enrober d’une fiction qui le rende photogénique ne va-t-on pas nous noyer dans l’eau de rose, ou, par souci de réalisme, nous asperger de bons sentiments ?
Non ! Le talent est là, qui nous sauve de ces périls. Talent du réalisateur, qui nous embarque dans une histoire subtile. Talent des acteurs, qui trouvent le jeu juste. Pour, en effet, nous raconter une histoire, et même une (ou plusieurs) histoire d’amour. Cet amour dont on voudrait croire qu’il peut soulever les montagnes, pourquoi ne permettrait-il pas de franchir la Manche à la nage ? Mais la réalité, elle aussi est là. Aussi obsédante que la ronde infernale des camions dans les anneaux du terminal de Calais. La réalité de la vie des errants, ici, entre nulle part et ailleurs, Kurdes irakiens et autres Afghans, venus d’un improbable lointain, sortis de la guerre pour tomber dans la misère, rejetés, traqués… Et obstinément accrochés à leur rêve, qui est de franchir cette frontière grise.
Ils ne sont pas tous irréprochables. Seulement des parias de l’humanité, donc plus humains que la mécanique étatique qui les broie et rumine leur attente…
Pour ceux qui, par souci humanitaire, ou parce qu’ils filent leur propre détresse amoureuse, vont vers eux, la rencontre s’accomplit. Difficultueuse et risquée. Mais belle comme une lueur dans la nuit de cette société qui est la nôtre au quotidien, et qu’eux ont parcouru des milliers de kilomètres pour s’y engluer.
Un film à voir. Un film à défendre.
A l’heure de toutes les hypocrisies et mensonges, lorsque sourdent de toutes parts une haine immonde et des peurs angoissantes, il est comme un coup de poing au coeur.
FS.

