Le Parti socialiste ne manque pas de voix

Des voix, au sein du PS, il en est de discrètes. Par exemple celles qui émanent du « Laboratoire des idées » mis en place après le congrès de Reims. Le président en est Christian Paul, député de la Nièvre. Il  organise une vingtaine de groupes de travail qui devraient être « opérationnels » d’ici la fin de l’année, dont l’un sur « le modèle d’après-crise », et  deux « observatoires », l’un consacré à la politique de Barack Obama, l’autre exerçant une « veille active » des « tentatives de reconstruction idéologique de la droite ». Le Monde du 15 avril, qui apporte toutes ces révélations,  précise que les socialistes qui y participent « sont priés de laisser de côté arrière-pensées présidentielles et petites manœuvres d’appareil ».

Un article de bas de page au regard d’aussi hautes ambitions, n’est-ce pas faire preuve d’une modestie touchant  à l’abnégation ?

Manuel Valls, député de l’Essonne et maire d’Evry,  est d’une autre école. D’un coup d’un seul, en quatre jours, il a droit à un premier article (avec photo) dans le Monde du 8 avril, puis dans l’édition des 12-13 avril d’un entretien sur trois quarts de pages (avec grande photo, en pied). Le coup ? Un débat en sa ville d’Evry, sur l’immigration, avec… Eric Besson ! Eric Besson, ancien socialiste, nouveau ministre de l’immigration et de l’identité nationale, investi par le Président de la mission de réaliser 27 000 expulsions par an…

Ancien rocardien, ancien collaborateur de Lionel Jospin, ancien soutien de Ségolène Royal, Manuel Valls connaît l’art et la manière de faire parler de soi ! Et d’annoncer qu’à 46 ans l’heure est venue pour  lui de voler de ses propres ailes et à son compte. Car l’essentiel du message est simple : « Aujourd’hui, le PS doit être incarné par une nouvelle  génération qui porte d’autres idées, d’autres pratiques. »

Côté nouvelle génération, tout comme Ségolène Royal, Martine Aubry et d’autres, on entend. Mais les autres idées et pratiques ? Des primaires ouvertes aux électeurs de gauche pour la désignation du candidat, c’est clair mais pas si  autre.

De même que  l’exigence adressée au PS de se réformer. Une réforme dont Valls avertit que si elle ne se réalise pas, François Bayrou deviendra un concurrent sérieux pour lui.

Mais quelle réforme ?  Là, il faut l’avouer, on touche au vraiment autre. Il s’agit de ne plus pratiquer « l’antisarkozysme forcené » !  Non ce n’est pas une blague, c’est une orientation. « Le PS sera de nouveau écouté si ses critiques ne sont pas systématiques, si  elles se concentrent sur les authentiques lignes  de clivage ». «Alors que nous vivons une crise historique et que le chômage de masse nous guette,  la gauche doit éviter d’aggraver ce climat anxiogène. Elle doit lui opposer une conception apaisée de l’exercice du pouvoir ».

Une « conception apaisée » de la politique qui doit amener, contre Royal,  à condamner les violences (celles des ouvriers) ,  et, contre Aubry,  à concéder un coup de chapeau à Sarkozy : en 2007 « les Français ont réclamé une présidence active pour rompre avec le sentiment d’impuissance de la politique ».

Ah !  La rupture. Celle de Sarkozy hier, celle de Valls demain !

Mais appeler le PS à rompre avec son « antisarkozysme forcené », c’est l’inviter à quelle dérive ?

Plutôt qu’un laboratoire des idées, ne serait-il pas plus judicieux que  le PS instaure pour ses dirigeants des stages d’insertion dans la vraie vie ? Ne serait-ce que pour leur permettre d’oublier un temps  l’obsédante présidentielle de 2012, et découvrir qu’avant cette échéance bien des défis sont à relever.

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