« Je suis déterminé, dé-ter-mi-né. Et je ne me laisserai pas intimider. » Ainsi se concluait l’interview au journal Le Parisien de Marcus Kerriou, cogérant de l’usine Mollex, « retenu » par les salariés qui refusent les licenciements. Les propos de ce Monsieur Kerriou, qui va jusqu’à mettre en doute le « niveau intellectuel de certains salariés » et leur capacité à organiser de telles actions, auront au moins le mérite d’illustrer l’état d’esprit actuel d’une partie des élites économiques et financières de ce pays. C’est à dire une stratégie de confrontation agressive avec le monde du travail pour lui imposer les conséquences de la crise économique.
Il semble que cet état d’esprit ne soit pas seulement celui de quelques petits soldats de la guerre économique. L’annonce par le gouvernement dimanche dernier – la veille de la réunion unitaire des huit organisations syndicales- du retour du projet de loi sur le travail du dimanche qui devrait être adopté avant l’été sonne comme une véritable provocation. Il s’agit pour la droite de rassembler et de mobiliser son propre camp, d’afficher sa « dé-ter-mi-na-tion , avant les manifestations du 1er mai. Autant dire qu’une telle situation est lourde de tensions sociales et politiques extrêmes. C’est ce qu’appréhendent certains dirigeants politiques à droite, comme Edouard Balladur ou Alain Juppé, qui appellent à un infléchissement politique par un relèvement de la fiscalité pour les plus riches, en allégeant le bouclier fiscal.
Ce n’est pas la stratégie choisie par Sarkozy et son gouvernement. Ils veulent accélérer les « réformes », quitte à multiplier les provocation sécuritaires et à jouer sur les peurs. Lire la suite
Une vaste campagne d’opinion est en cours sur le thème de la « montée de la violence » dans les entreprises. Les « retenues» de cadres dirigeants chez Molex-Villemur, Caterpillar-Grenoble, Sony (Landes), 3M (Loiret), Scapa (Ain)… Les occupations de sites de production, les blocages des accès par les grévistes (Toyota -Onnaing, Faurecia-Auchel, Continental-Clairvoix…) font la une des medias. Disons que le contexte de crise redonne de la consistance à la « question sociale ». Il n’est donc pas indifférent que la question des formes de luttes, des moyens les plus efficaces pour se défendre contre les plans de licenciements, le chômage partiel et les baisses consécutives de salaires, apparaissent sur la place publique. Lire la suite
Les faits parlent d’eux-mêmes. Chez Total, 14 milliards d’euros de bénéfices et 555 suppressions de postes en France. Chez Caterpillar, 3,5 milliards de dollars de profits après impôts et 733 licenciements en France (22 000 dans le monde), alors que le groupe vient de réaliser des profits records pour la sixième année consécutive et que ses actionnaires ont reçu au total 1, 57 milliard d’euros de dividendes en 2007 et 2,52 milliards en 2008. Chez Renault, qui a bénéficié de 6 milliards d’euros de subventions de l’État et qui impose des coupes sombres chez ses intérimaires. Sans parler de la Fnac, de Continental, de Goodyear et d’autres. Au total, 700 000 travailleurs ont été privés d’emploi dans l’Union Européenne au cours du second semestre 2008.
On l’a déjà amplement souligné, la bourgeoisie fait payer la crise du capitalisme aux travailleurs. Les licenciements sont pour elle un moyen pour tenter de sortir de la crise. Les classes dirigeantes n’ont pas de projet de rechange au modèle néolibéral et néoconservateur. Pour maintenir ses taux de profits, elles baissent toujours davantage le « coût » du travail. Il faut soutenir et renforcer les luttes qui se développent contre les licenciements qui pleuvent. Mais également dessiner des pistes alternatives. Face à une politique de classe aussi brutale, qui annonce la manière dont les classes dominantes entendent essayer de s’extirper de la crise, il revient au monde du travail d’avancer des mesures globales. Lire la suite
Après s’être, comme nous, engagée dans le combat pour le plus large rassemblement de la gauche sociale et écologique aux élections européennes, la Fédération annonce que, jusqu’au dépôt officiel des listes, elle continuera à militer pour une fusion entre les listes du Front de gauche et celles du NPA. Mais aussi qu’en cas d’échec, elle appellera indistinctement à voter pour les listes opposées à la droite et au traité de Lisbonne. Autrement dit, pour les listes du Front de gauche, du NPA et de Lutte ouvrière…Une telle position nous pose problème.
La volonté de réaliser à l’occasion des élections européennes l’unité des forces antilibérales et anticapitalistes, incluant à côté du PCF et du PG le NPA, est parfaitement juste. Nous la partageons et avons mené jusqu’au bout le débat en ce sens au sein de la LCR et du NPA.
Mais les votes du congrès du NPA, confirmés par les décisions du Conseil politique national des 7 et 8 mars, ont consacré le refus délibéré de la perspective d’un Front de gauche au profit d’une logique de cavalier seul, dont les arrières-pensées électoralistes ont été tout à fait déterminantes même si elles n’ont jamais été avouées comme telles. Lire la suite
Par
Film de Philippe Livret,
avec Firat Ayverdi, Audrey Dana, Vincent Lindon…
Calais ! Ses Sans-papiers, qui s’affrontent à tous les obstacles pour rejoindre l’Angleterre… La misère… Le sujet effraie. Pour l’enrober d’une fiction qui le rende photogénique ne va-t-on pas nous noyer dans l’eau de rose, ou, par souci de réalisme, nous asperger de bons sentiments ?
Non ! Le talent est là, qui nous sauve de ces périls. Talent du réalisateur, qui nous embarque dans une histoire subtile. Talent des acteurs, qui trouvent le jeu juste. Pour, en effet, nous raconter une histoire, et même une (ou plusieurs) histoire d’amour. Cet amour dont on voudrait croire qu’il peut soulever les montagnes, pourquoi ne permettrait-il pas de franchir la Manche à la nage ? Mais la réalité, elle aussi est là. Aussi obsédante que la ronde infernale des camions dans les anneaux du terminal de Calais. La réalité de la vie des errants, ici, entre nulle part et ailleurs, Kurdes irakiens et autres Afghans, venus d’un improbable lointain, sortis de la guerre pour tomber dans la misère, rejetés, traqués… Et obstinément accrochés à leur rêve, qui est de franchir cette frontière grise.
Ils ne sont pas tous irréprochables. Seulement des parias de l’humanité, donc plus humains que la mécanique étatique qui les broie et rumine leur attente…
Pour ceux qui, par souci humanitaire, ou parce qu’ils filent leur propre détresse amoureuse, vont vers eux, la rencontre s’accomplit. Difficultueuse et risquée. Mais belle comme une lueur dans la nuit de cette société qui est la nôtre au quotidien, et qu’eux ont parcouru des milliers de kilomètres pour s’y engluer.
Un film à voir. Un film à défendre.
A l’heure de toutes les hypocrisies et mensonges, lorsque sourdent de toutes parts une haine immonde et des peurs angoissantes, il est comme un coup de poing au coeur.
FS.
En avril 2009, étant donnée l’actualité autour de Jacques Tati …
Laura Laufer est l’auteur du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs, publié aux Editions de l’If.
Commander l’ouvrage. L’éditeur ayant été mis en liquidation judiciaire le 10 mars 2009, l’auteur assure directement la promotion et la vente du livre.
Résumé :
L’évolution des loisirs dans le monde contemporain permet de redéfinir la place du travail et la nature même de la société, d’interroger le sens de la vie à travers l’usage de notre temps libre. Jacques Tati a affirmé l’humain contre la déshumanisation et posé de vraies questions de civilisation. Il se révèle moderne et visionnaire. Son intuition d’une évolution de la société vers l’uniformisation et la mondialisation se vérifie à présent. Jacques Tati est un cinéaste de l’Histoire et de l’utopie. Dans l’art de faire rire, il donne à voir l’essence du monde et poète du burlesque il le réinvente.
A propos de l’auteur :
Laura Laufer est critique de cinéma depuis 1979. Animatrice radio, elle a réalisé pendant dix ans des émissions avec de nombreux cinéastes ou sur des thématiques confrontant le cinéma aux autres arts et au monde. Elle a écrit dans de nombreuses revues de la presse généraliste et de la presse spécialisée et collaboré à Trafic, revue fondée par Serge Daney. Elle est également chargée de cours à l’université de Bordeaux III.
Autres textes parus
A.Hitchcock, Le Chant d’Ariel, Psychose ou le voyage de la marchandise, (éd.POL. Trafic)- R. Walsh, Les couleurs de l’Histoire (éd.POL. Trafic)- Raoul Walsh (éd.Museu do cinema –Cinemateca Portugesa -Lisbon).
Jean Renoir, Vivre libre (éd. pour le Centenaire de la L.D.H).
En ce moment sur www.lauralaufer.com
Archives sonores et entretiens : Jacques Tati, Luc Moullet, Jean-Marie Straub,Richard Brooks, Douglas Sirk …Délinquants solidaires: L’Appel à la désobéissance (soutien aux sans -papier avec Pascale Ferran-Arnaud Despleschin-Bertrand Tavernier …)
Archives sonores et entretiens précédents : Jean Jouch, Pierre-André Boutang, Paul Grimault…